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REUSSIR N°4 TÉMOIGNAGE D’UN PIONNIER - YORO FALL (COSELEC)
Publié le 1er octobre 2006 à 22h44

« On a mené des batailles mémorables »

« Quand on créait le syndicat du BTP, les Sénégalais étaient peu nombreux dans le secteur. Il n’y avait que Aliou Sow (CSE), Mamadou Sylla, Ibou Ndiaye (SOECO), Momar Dieng (Electricité) et moi-même du COSELEC. Tout le reste, c’était des succursales de grandes entreprises françaises. Avec elles, on formait ce qu’on appelait la Fédération syndicale des entrepreneurs du BTP, affiliée au CNP. Au départ, l’ambition était d’améliorer la communication entre les acteurs du secteur privé, échanger, se connaître et voir comment faire pour défendre nos parts de marché. C’est là où les intérêts on commencé à diverger. Les grandes entreprises ont commencé alors à montrer un désintérêt à ce que nous faisions. Ce qui a créé la scission au niveau du Syndicat avec d’autres raisons. C’est en ce moment que naquit la CNES avec son propre syndicat de BTP. Le 1er président en fut Aliou Sow (CSE), j’étais son secrétaire général pendant 3 ans et je lui ai succédé après. Ça a été mouvementé parce que les principes pour lesquels on se battait et qu’on avait quitté le CNP, il fallait les mettre en avant. Sur plusieurs chantiers. Le plus grand fut la réhabilitation du Code des marchés dont les travaux ont duré plus de 5 ans. Nous avons eu des avancées. Comme la protection de 10% pour les entreprises à capitaux sénégalais, des systèmes de marchés à corps d’Etat séparés. Nous avons introduit la notion d’identification et de classification des entreprises. Ces chantiers, qui ont démarré dans les années 90, n’ont abouti que récemment. Il y avait une ambiance et une qualité de communication qui ont permis de créer de la sympathie entre nous. Au fur à mesure que nous défendions nos principes, les intérêts du secteur privé, nos parts de marché, l’évolution technique et la diversification des segments de marché. Je crois que l’Administration elle-même avait fait sienne nos batailles avant- gardistes. Aujourd’hui, le résultat est là, même si ce n’est pas terminé. Mettre en place un Code des marchés, un système de classification n’est pas une fin en soi. Il faut l’appliquer et là, il faut beaucoup de communication, de relations publiques pour parfaire le processus. La pyramide entre les entreprises est également bouleversée. Hier, il y avait les entreprises multinationales, les moyennes et les petites. Ce qui n’est plus le cas. Vous trouvez 3 ou 4 grosses. Après, c’est le désert et puis, ce sont les sous-raitants. Ce n’est ni harmonieux, ni équilibré. Les marchés d’Etat ont pris des proportions telles que les entreprises moyennes ont des difficultés à les réaliser ou même à soumissionner. Les grandes entreprises accaparent tous les marchés, les gros comme les petits. Donc, la petite entreprise, qui devait avoir une ambition de développement, est cantonnée à un petit niveau de sous-traitant, avec un chiffre d’affaires contrôlé, calibré qui ne lui permet pas d’aller loin. Ce n’est bon ni pour l’Etat, ni pour la communauté. Aujourd’hui, avec les entrepreneurs sortis de Polytechnique et qui ont fait leurs armes dans les grandes entreprises, on voit le créneau commencer à se remplir. Mais il faudrait booster un peu plus. Les petites entreprises capables de faire un chiffre d’affaires de 5 ou 6 milliards par année, vous les comptez sur les doigts d’une main. Seules 3 ou 4 grandes entreprises réalisent 10 à 20 milliards. Cela pose problème. Chacun doit avoir un créneau lui permettant d’avoir des ambitions de développement. Dans les corps d’Etat où il peut avoir des ouvriers qualifiés. Aujourd’hui, des corps d’Etat se perpétuent en famille alors qu’avant, il y avait des gens spécialisés dans la peinture, d’autres dans la plomberie et les sanitaires, dans la menuiserie bois… Cette distinction, prônée avec le système de qualification, permet d’avoir des ouvriers qualifiés dans chaque domaine, de baisser les coûts et de faire en sorte que le Sénégal puisse regorger de compétences dans les différents métiers du BTP. Il faut les reconstituer avec la formation professionnelle. Avant, la solidarité était beaucoup plus vivante. On se battait dans des créneaux reconnus pour chacun, même si nos adversaires étaient des multinationales. On avait des relations bien huilées avec l’Administration. Aujourd’hui, les relations sont plus heurtées. On a l’impression qu’il y a des divergences sur le fond alors qu’à la limite, si on analyse la situation, il ne doit pas y en avoir. Le Sénégal est un pays avec des prescripteurs, des maîtres d’oeuvres, des maîtres d’ouvrages que sont l’Etat, les institutions... Maintenant, les choses ont évolué avec le SN BTP qui a donné plus de contenus en termes de volume d’entreprises, de chiffres d’affaires et d’emplois créés. Mais je suis désolé de constater qu’aucune entreprise du Syndicat ne participe à la réalisation des grands travaux de la Corniche et de l’Autoroute. L’autoroute, certes, c’est Bara Tall, mais en partenariat avec des Chinois. Est-ce que Bara Tall ne pouvait pas le faire avec d’autres Sénégalais ? Une réflexion que je lance. Le potentiel existe et il est très important. En termes de résultats et d’objectifs, nous devons avoir plus d’ambition. Il ne suffit pas simplement de dénoncer, mais aussi proposer des solutions aux préoccupations. Je pense que les jeunes qui animent ce syndicat ont la capacité et le talent pour y arriver. »

 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
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