(Walfadjri) - Donner une base juridique à la coopération entre le Sénégal et l’Algérie serait une grande opportunité pour les deux peuples dans leurs échanges commerciaux. C’est la conviction de l’ambassadeur de la République démocratique et populaire de l’Algérie à Dakar, Abderahmane Benguerrah souhaite l’appui du Sénégal pour la signature de l’accord commercial entre l’Algérie et l’Uemoa.
Lors de la 19e édition de la Foire internationale de Dakar (Fidak) 2011, le Sénégal a choisi l’Algérie comme pays invité d’honneur. Une occasion idoine pour donner une impulsion aux relations d’affaire entre les deux pays, selon le représentant diplomatique. ’Il appartient aux agents économiques des deux pays d’en tirer profit. Il est aussi vrai que les pouvoirs publics, c’est-à-dire les gouvernements ont une part de responsabilité dans le développement des relations économiques entre les deux pays, en donnant à cette coopération et aux relations économiques une base juridique’, suggère l’ambassadeur de l’Algérie à Dakar, Abderahmane Benguerrah. Le diplomate souligne, par exemple, que la nécessité d’un accord fiscal sur la non double imposition et d’un autre sur la protection et la promotion des investissements sont de nature à promouvoir des échanges entre les deux pays. Ceci, ajoute-t-il, en encourageant les hommes et femmes d’affaires à investir et en les assurant contre les risques et incertitudes.
Benguerrah souhaite, en outre, que le Sénégal appuie l’accord commercial que l’Algérie est en train de négocier depuis des années avec l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa). L’ambassadeur dit garder espoir dans ce sens, dans la mesure où ’le Sénégal est l’un des pays les plus actifs de l’Uemoa’. ’C’est malheureux qu’à ce jour, cet instrument tarde à se concrétiser’ regrette-t-il.
La prise à bras le corps de la coopération entre Alger et Dakar ne doit pas être seulement l’affaire des gouvernants. Selon Abderahmane Benguerrah, celle-ci incombe avant tout aux individus, aux opérateurs économiques, aux hommes et femmes d’affaire de tirer profit des avantages comparatifs entre les économies des deux pays. Benguerrah s’exprimait, vendredi dernier, au Cices lors d’une conférence Ndogou sur les ’opportunités d’échange sur l’axe Dakar - Alger’. Une rencontre organisée par l’Association des anciens étudiants et stagiaires sénégalais en Algérie (Aaessa).
Le diplomate algérien a émis des regrets de constater la négligence de la coopération Sud-Sud. ’Nos opérateurs économiques ne regardent pas suffisamment autour d’eux, et certains préfèrent lorgner vers des contrées lointaines. Ainsi, on peut rencontrer des hommes d’affaire sénégalais dans des villes asiatiques et peu ou pas dans des villes algériennes. Ceci est aussi vrai pour des centaines d’hommes d’affaire algériens qui inondent le marché national de produits asiatiques’.
Après huit mois passés à Dakar, Benguerrah se déclare en mesure d’affirmer que les produits algériens, qui sont fabriqués selon les normes internationales, ont leur place dans le marché sénégalais. A l’en croire, ces produits ont un meilleur rapport de qualité que beaucoup de produits, sans traçabilité, étalés dans les magasins à Dakar. ’Je pense aux produits pharmaceutiques et chimiques, aux matériaux de construction destinés à la finition et au décor, à la robinetterie, etc. Il en est de même pour les produits sénégalais, notamment agricoles qui trouveront certainement preneurs en Algérie’, fait noter l’ambassadeur.
Plusieurs participants ont pris la parole lors des débats modérés par l’ancien ambassadeur du Sénégal en Algérie, Sedy Nourou Bâ. C’est ainsi que d’anciens étudiants en Algérie comme le député-maire de Saint-Louis, Cheikh Bamba Dièye regrette, aussi, l’approche des pays africains consistant à privilégier la coopération Nord-Sud à la place de celle Sud-Sud. Leader de la Cap 21, Oumar Khassimou Dia pense qu’au-delà la coopération entre Etats, il y a une coopération des peuples à la base à fructifier. ’Le potentiel existe pour transformer l’Union des anciens étudiants et stagiaires sénégalais en Algérie (Uaessa) en un véritable levier de coopération entre les deux pays’. Dia croit que cette coopération va beaucoup plus dans le sens du Sénégal et invite ses amis de promotion d’être partout dans le monde des ardents défenseurs de la coopération entre Algérie et Sénégal. Mieux, il dit regretter la détérioration des termes d’échange et le transfert de technologie qui se fait à compte goûte.
’Cette année, l’Algérie offre vingt bourses d’études à des Sénégalais, parmi lesquels des centaines sont formés dans ce pays frère’, rappelle le président de l’Association Abdoulaye Guèye.
SEDY NOUROU BA, ANCIEN AMBASSADEUR DU SENEGAL EN ALGERIE : ’L’Algérie est une nation créditrice à l’avenir’
L’Algérie est une nation créditrice à l’avenir, selon des bureaux d’études américains et européens, rapporte l’ancien ambassadeur du Sénégal en Algérie, Sedy Nourou Bâ, qui a servi de modérateur lors des débats sur les ’opportunités d’échanges entre Dakar et Alger’. Selon lui, des statistiques nationales et internationales, établies par certains bureaux d’étude et de consultance sur Algérie, dégagent des perspectives heureuses. ’Si l’on se réfère à la dernière loi de finance de 2010, des projections qui ont été faites présentent un bilan positif. Son taux de désendettement interne et externe, sur la base de ses réserves d’échanges, que certaines sources évaluent à 145 milliards de dollars, projeté sur le programme 2009-2014, peut même aller jusqu’à 190 milliards de dollars’, mentionne le diplomate sénégalais.
Sedy Nourou Bâ croit que sur un prix du baril estimé à 37 dollars, cela donne une crédibilité certaine dans les grands agrégats économiques de ce pays. ’Le Pib par tête d’habitant est évalué selon certaines sources à plus de 4 400 dollars en 2009. Les perspectives donnent à partir de 2012 jusqu’en 2014, vers cinq voire six mille dollars par tête d’habitant’, relève l’ancien ambassadeur du Sénégal en Algérie pendant seize ans. Actuellement, souligne-t-il, ’le taux de la dette, à part la dette privée qui est de cinq milliards, l’engagement de l’Etat tourne autour de 700 millions de dollars’.
Pour lui, l’Algérie est un pays qui est à l’aise, pour ’avoir su bien gérer ses richesses’ produites et orienter ses investissements vers des secteurs porteurs comme dans les barrages, le port et le rail. A ces indicateurs, Bâ énumère des projections sur la maîtrise de trois secteurs importants que sont : l’énergie, l’agriculture, et la formation des ressources humaines. La preuve, dit le diplomate, il y a quelques jours, il y a même une exportation d’électricité de 1 100 méga watts vers un pays frère de l’Algérie, c’est-à-dire le Maroc.
Abdoulaye Sidy