REUSSIR- Entretien avec Dr El Hadji A. DIOUF, Directeur Exécutif de 2ACD
« Nos Etats doivent rationnaliser les politiques d’intégration régionale »
Les Etats africains doivent rationnaliser les politiques d’intégration régionale pour permettre à nos différentes régions d’avoir des positions harmonisées qu’ils présenteront à l’OMC et dans les APE. Telle est la conviction du Dr El Hadji Abdourahmane Diouf. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le Directeur Exécutif de 2ACD (Agence Africaine pour le Commerce et le Développement) est revenu sur la question des APE et les conditions devant permettre à l’Afrique d’en tirer profit.
Reussirbusiness : Quel est l’objet de cette session de formation ?
Dr El Hadji A. Diouf : En fait il y a aujourd’hui beaucoup d’avancées en matière de commerce. Les pays africains négocient partout, que ce soit à l’Organisation Mondiale du Commerce ou en ce qui concerne les Accords de Partenariats Economiques, que l’Europe essaie de mener avec nos pays. Mais aujourd’hui, avant de penser à nouer des accords avec l’Europe, il serait opportun de voir comment les pays africains peuvent nouer des accords commerciaux. C’est pourquoi nous avons créé 2ACD (Agence Africaine pour le Commerce et le Développement) qui est basée à Genève pour essayer de regrouper tous les experts africains en matière de commerce, pour diagnostiquer nos vrais problèmes. Nous le faisons de manière très modeste. Parce que nous restons ouverts à tous les experts de la sous-région. Pour cette session, nous avons fait essentiellement confiance aux experts sénégalais, même sil y a d’autres experts venus d’autres pays pour un seul but, trouver des solutions aux problèmes africains.
Reussirbusiness : Comment comptez-vous vous y prendre ?
Dr El Hadji A. Diouf : Notre problème de toujours c’est que nous avions l’habitude de discuter avec des arguments techniques. Contrairement aux Etats Unis, à l’Union Européenne, les pays africains n’avaient pas de représentants capables d’analyser les propositions faites à l’Afrique. Maintenant nous voulons regrouper tous ceux qui ont des connaissances dans le domaine pour qu’on serve ensemble l’Afrique.
Reussirbusiness : Vous avez parlé des APE, quelle doit être l’attitude des pays africains par rapport à ces accords ?
Dr El Hadji A. Diouf : Le grand problème, que ce soit dans les APE ou dans les autres négociations, c’est que les pays africains ont l’habitude d’avoir des positions défensives. Ils attendent toujours que les autres présentent leurs arguments pour élaborer leur position sur la base des arguments des autres. Alors qu’ils devraient apprendre à identifier leurs propres intérêts et avoir des arguments non plus défensifs, mais offensifs. C’est-à-dire quand on va parler de propriété intellectuelle, au lieu de dire à l’Ue ’vous n’allez pas nous appliquer votre politique des brevets’, les pays africains devraient savoir où se trouvent leurs intérêts. Par exemple, dans le domaine du savoir traditionnel, on sait qu’il y a beaucoup d’experts qui viennent des pays du Nord, qui vont partout et qui brevettent des herbes qui sont d’appartenance ancestrale aux pays africains. Mais quand ils les brevettent et les transforment en médicaments, ça devient des médicaments européens, même si c’est venu d’Afrique. C’est un exemple où l’Afrique doit prendre un leadership. Il ne faut pas se limiter à dire nous ne voulons pas, mais il faut dire voilà ce que nous voulons. Il faut que tous les intellectuels sachent que l’Afrique a besoin d’eux pour élaborer des politiques commerciales. C’est révolu l’époque où seul le gouvernement élaborait les politiques commerciales.
Reussirbusiness : Mais les pays africains négocient toujours en ordre dispersé, n’est-ce pas un obstacle ?
Dr El Hadji A. Diouf : Absolument et c’est une énorme faiblesse de l’Afrique. Je dis souvent que l’Afrique à l’OMC, c’est une fiction juridique, parce qu’elle n’est pas membre de l’OMC. Même si on essaie d’élaborer des positions communes de défense de nos intérêts, chaque pays va essayer de les présenter individuellement. Il y a naturellement le groupe africain, mais il n’est pas l’Union Européenne qui est membre de l’OMC et dans les APE c’est la même chose. Le message fort qu’on doit lancer, c’est de rationnaliser les politiques d’intégration régionale pour permettre à nos différentes régions d’avoir des positions harmonisées qu’ils vont présenter à l’OMC et dans les APE. Ma conviction profonde est que nos différents Etats, pris individuellement, ne vont pas présenter des positions acceptables.
Reussirbusiness : Que peut gagner un pays comme le Sénégal dans les APE ?
Dr El Hadji A. Diouf : Si on prend le Sénégal individuellement, il n’y a pas un gain immédiat par rapport aux APE. Parce que c’est un pays moins avancé. En signant, les APE, ça ne va pas améliorer l’offre d’accès aux marchés de l’UE, par contre cela peut devenir intéressant si la région Afrique de l’Ouest, dans le cadre du processus d’intégration régionale décide faire une offre d’accès aux marchés unifiée à l’UE, dans ce cas, le Sénégal n’a pas le droit de se dérober pour défendre des intérêts individuels égoïstes. Le Sénégal devra se mouvoir à l’intérieur de la région et le gain, sera le principe d’intégration régionale. Il y a principalement la CEDEAO qui a le mandat de négocier les accords de partenariats économiques. Heureusement qu’elle travaille en harmonie avec l’UEMOA.
La Rédaction