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Dossiers Centre d’appels, le nouveau gisement d’emplois ?
Publié le 1er juin 2006 à 23h31

L’ANALYSE

Le Sénégal, une destination NTIC ?

Pour un pays qui a l’ambition de devenir économiquement « émergent » dans un futur proche, rien de plus porteur qu’une politique clairement orientée vers le développement des NTIC. Surtout pour un pays comme le Sénégal dont les autorités ont très tôt compris et lancé un programme futuriste dans les infrastructures de télécommunications. Celles-ci ont permis d’accompagner toute une activité de services dans le domaine des NTIC. C’est le cas avec les délocalisations de centres de contact ou centres d’appels, présentées comme de véritables opportunités de création de richesses et d’emplois. Il faut dire que la délocalisation off-shore des centres de contact est une tendance mondiale parce qu’étant au coeur des réflexions d’optimisation des coûts. En France, le taux des délocalisations off-shore est de l’ordre de 14 %, soit un potentiel de quelque 150 000 positions de travail. La raison est que les « outsourc e u r s » , contraints par une pression sur les prix de plus en plus forte de leurs clients, trouvent avec l’off-shore une solution de baisse des coûts. Pour les entreprises, ce sont surtout celles qui gèrent de très gros volumes de contacts qui envisagent ce type de délocalisations. Soit directement en investissant à l’étranger, soit par l’intermédiaire d’outsourceurs déjà présents dans ces zones.

Le mouvement a commencé dans les années 90 par des prestations de base comme le télé secrétariat, les centres d’appels et le télémarketing que les sous-traitants de services externalisés ont souhaité transférer en investissant dans la création de centres de contacts à l’étranger. D’autres activités à plus forte valeur ajoutée ont été concernées par la suite. A l’image de la télégestion (back office et comptabilité), du développement de logiciels à distance… Aujourd’hui, c’est au tour des services financiers (analyse financière), et de la recherche- développement (biotechnologies) de prendre la destination du continent asiatique, l’Inde en particulier, avant très certainement d’autres zones géographiques comme l’Afrique.

Le Sénégal, un pays compétitif ?

En Afrique, c’est le Maghreb, Maroc et Tunisie notamment, qui sont les destinations privilégiées de délocalisation des centres de contacts français, pour des raisons évidentes de proximité géographique et culturelle, de faibles coûts de la main d’oeuvre, soit 30 à 40% moins chers. Les deux pays, de même que l’Ile Maurice, sont cités parmi les destinations « low cost » qui sont très en avance sur les autres pays africains, en termes d’accompagnement stratégique par l’Etat au niveau de la fiscalité, de l’offre de formation, de la mise à la disposition de locaux fonctionnels, etc. En Afrique de l’Ouest, le Sénégal est le seul pays en train de développer toute une stratégie d’attraction des investissements dans le domaine des téléservices. D’ailleurs, la grappe « NTIC et Téléservices » a été identifiée et retenue comme un des principaux leviers de développement dans le cadre de la Stratégie de croissance accélérée (SCA). Au vu de son potentiel de croissance à moyen et long terme, de la valeur ajoutée générée, de la création de nouveaux emplois sans compter le potentiel à l’exportation et de compétitivité internationale. Autant d’atouts et d’avantages comparatifs qui doivent permettre au Sénégal de bien se positionner sur le marché de la délocalisation des centres de contacts. D’ailleurs, une équipe de l’Université de Columbia avait été engagée par le MIGA en novembre 2002 pour assister l’APIX dans l’élaboration d’une stratégie NTIC. Le rapport indique que « le Sénégal est assez mûr pour se positionner comme une destination de choix grâce à des coûts de télécommunication compétitifs, des structures à moindre coût et une main d’oeuvre qualifiée ».

La vision futuriste de la SONATEL

Très tôt, dans les années 90, les autorités sénégalaises ont eu la vision stratégique de miser sur la modernisation et la numérisation des infrastructures de télécommunication avec une large ouverture sur l’international. Le dynamisme de l’opérateur historique, la SONATEL et de son patron, Cheikh Tidiane Mbaye, a permis à notre pays d’avoir un réseau de rang international, et le Sénégal d’avoir, sur le continent, après l’Afrique du Sud, « l’un des réseaux les mieux ouverts sur l’international grâce aux liaisons téléphoniques directes utilisant la transmission par câbles sous-marins à fibre optique dont la qualité a attiré les centres d’appels ».

La SONATEL offre actuellement une bande passante de 465 mégabits. En plus, elle a fait d’énormes efforts de baisse de tarifs internationaux, soit 42 % depuis 2000. Ce qui donne des tarifs téléphoniques parmi les moins chers d’Afrique. Par exemple, une minute de communication vers la France coûte 0,27 euro contre 0,29 pour le Maroc et 0,33 pour la Tunisie. Le plus grand centre d’appels du Sénégal, PCCI, louait à la SONATEL la fibre optique à 50 000 euros en 2003. Ce qui lui permettait un nombre illimité de conversations. Sur le plan de la qualité, de la fiabilité, du niveau technique des télécommunications comme de leur coût, tous les indicateurs c o nvergent pour reconnaître que le Sénégal dispose d’un réel avantage à ce niveau.

L’équation de la formation et du foncier

D’autre part, on sait que les téléservices, par nature, consomment beaucoup de main d’oeuvre avec des coûts représentant par exemple 70 % des charges des centres d’appels. Concernant ses coûts salariaux, le Sénégal est également très compétitif, avec un salaire moyen annuel d’un téléacteur, estimé à 3 700 euros contre 4 200 euros à Maurice, 5 200 en Tunisie et 5 500 au Maroc. En France, le salaire d’un téléopérateur débutant tourne autour du Smig, soit 1 370 euros bruts ou 1 120 euros nets pour 39 heures hebdomadaires. Ce qui rend le Sénégal, pays francophile, très attractif avec une bonne réputation de sa main d’oeuvre. Une main d’oeuvre s’exprime « dans un bon français sans accent marqué  ». Et une réglementation du travail relativement flexible et adaptée aux métiers des centres de contacts. Aussi, les donneurs d’ordres français y réalisent des gains d’exploitation pouvant aller jusqu’à 30 à 40 %.

Par contre, en dépit de ses 50 000 étudiants, de ses deux universités et de ses 47 Business schools et établissements privés, il n’en reste pas moins que le Sénégal n’est pas bien loti dans le domaine de la formation dans les métiers émergents. Un centre d’appels international comme PCCI, qui ambitionne d’atteindre 3 500 employés d’ici à 2007, contre 1 500 aujourd’hui, commence déjà à éprouver des difficultés pour recruter un personnel adéquat. La preuve, 1 seul candidat sur 10 remplit les critères de sélection. Ce qui veut dire que bien des choses sont à réaliser pour assurer une compétitivité du Sénégal dans ce domaine. De même, et le phénomène est récurrent, l’offre immobilière au Sénégal pose un sérieux problème. L’accès à un site industriel, avec toutes les commodités idoines, reste un des freins majeurs à une forte délocalisation de centres d’appels dans notre pays. Particulièrement à Dakar où la spéculation immobilière a atteint des sommets jamais égalés. Ce qui entraîne des coûts de location très élevés. Notamment des villas où sont installés les centres d’appels et qui malheureusement, ne sont assez fonctionnelles pour ce type d’activités. Soit une contrainte de taille surtout qu’il y a de moins en moins de terrains constructibles à Dakar. Dans le cadre de son partenariat avec la BICIS, l’APIX est en train de mener des actions incitatives en direction des opérateurs de BTP pour la construction « d’immeubles intelligents ». Comme ce qui se passe en Tunisie et au Maroc, deux pays qui ont compris les enjeux et ont construit des sites dédiés, aux Technopôles pour accueillir de telles activités. Quid alors du Technopôle de Dakar qui ne semble pas très opérationnel ? Pour trouver une solution durable, l’APIX veut inciter le secteur privé à la construction « d’immeubles intelligents » devant abriter des activités NTIC. Comme des centres d’appels et de télé saisie, des centres de développement Internet ou de logiciels… Une maquette de ce type de bâtiments a même été conçue par un cabinet sud-africain.

17 Milliards d’investissement et 3 000 emplois

Aujourd’hui, le marché sénégalais compte 23 centres d’appels. Soit un volume de 17 milliards d’investissement sur les cinq dernières années et un total de 3 095 emplois. Avec un fleuron, PCCI, le leader incontesté, qui a réalisé quelque 4,7 milliards d’investissement et généré pas moins de 1500 emplois. Ce qui lui a permis de capter des clients français pour sa plateforme grâce à la vision stratégique de ses fondateurs et une mise à disposition de financements conséquents. Ainsi, PCCI déploie toute une panoplie de prestations. Comme l’information prospection, la prise de rendez- vous, la gestion globale et interactive de la relation client, les sondages, la gestion de crises, des études de satisfaction clientèle, la télévente, le télémarketing, des campagnes de fidélisation, etc. Des activités de front office, pour la plupart, et qu’on retrouve aussi dans presque tous les autres centres d’appels.

Par contre, certains se sont positionnés avec une offre assez spécialisée. C’est le cas notamment de Global Outsource (comptabilité), Sintigroup (logiciels off-shore et autres services informatiques), de SAAN ( archivage électronique), etc. La télé saisie, activité qui utilise beaucoup de main d’oeuvre et ne nécessitent pas de formation pointue, constitue également un segment sur lequel le Sénégal peut se positionner. Cela a été prouvé avec la société SESI, délocalisée de Madagascar. En fin 2005, le Sénégal a enregistré une implantation de taille. Il s’agit de l’américaine The Resource Group (TRG) qui fait partie du Top 10 mondial des entreprises de téléservices. Le groupe gère 30 centres de contacts et de traitement dans 8 pays notamment aux Usa, au Canada, au Pakistan, aux Philippines et en Angleterre avec 6000 positions de travail. Le Sénégal a été retenu pour abriter leur premier centre offshore francophone en Afrique après un benchmark poussé avec l’Ile Maurice et le Maroc. Ainsi, TRG Sénégal, c’est aussi et surtout 750 millions FCFA d’investissement. Ce doit être plus de 300 postes de travail à l’horizon 2007 pour plus de 600 téléacteurs. Un autre gros investissement, c’est la française ADHAO avec 600 millions FCFA et 150 emplois à terme. Ou encore Sintigroup (300 millions FCFA), etc. C’est dire que le Sénégal bénéficie maintenant d’une notoriété grandissante sur le plan international et compte désormais parmi les destinations possibles pour l’outsourcing. En atteste une citation du nom du Sénégal dans le magazine spécialisé, « Centre d’appels » (n°58, septembre - octobre 2005). De même le reportage télévisé sur PCCI, diffusé sur la chaîne française M6, a rendu les outsourceurs et autres clients potentiels plus réceptifs à l’argumentaire du Sénégal comme destination de délocalisation des centres de contact. Certes, le secteur a connu une nette progression depuis 2001 mais le Sénégal est encore très loin de ses concurrents directs, le Maroc et la Tunisie, qui comptent chacun une cinquantaine de centres de contact.

Une réponse aux besoins de formation ?

Le Sénégal est réputé pour la qualité de ses ressources humaines avec une population jeune et qualifiée. Avec un taux d’alphabétisation global de 50 % Malgré tout, le potentiel et toute la palette disponible en matière d’offres est de 70% pour les garçons. Et 35 % de cette population jeune a atteint le niveau du collège. Ce qui donne un taux de croissance de 3 % de la main d’oeuvre locale. Des structures comme l’Ecole Po l ytechnique (UCAD), l’Université de Saint- Louis (UGB) ou l’Ecole Supérieure Multinationale de Télécommunication (ESMT) offrent des programmes de formation comme le Génie informatique, les systèmes d’information, électronique et réseaux informatiques et télécoms… Pourtant et malgré tout, le Sénégal n’est pas encore suffisamment outillé pour répondre aux besoins spécifique de formation dans les métiers dits « émergents » des centres de contacts. Pour pallier cet handicap de taille, l’APIX encourage la mise en place d’un programme de formation aux métiers des centres de contact et de télémarketing qui serait hébergé par une Business school sénégalaise. Un programme en différents modules et qui couvrirait des aspects suivants les techniques de communication et d’entretien, la conception, l’encadrement et la réalisation d’un programme, une imprégnation à la culture française, etc. Pour ce faire, un contact avait été établi avec un organisme spécialisé français de formation, CCA Solutions, une filiale du groupe Call Center Alliance. Le groupe ISM a également exprimé sa disponibilité pour héberger ce programme de formation et, aux dernières nouvelles, des discussions plus élaborées devaient être programmées. Le montage du programme passera par la formation de formateurs sénégalais, rigoureusement sélectionnés, effectuée par des experts de CCA Solutions. Les formateurs sénégalais, une fois formés, auront la possibilité de restituer les enseignements aux candidats sénégalais sélectionnés par l’ISM selon des critères rigoureux. Les enseignements seront validés par CCA solutions selon une démarche qualité à définir.

 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
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