En septembre 2007, REUSSIR avait réalisé un grand dossier sur « Diaspora et Retour » à la suite
du colloque sur le « Home Coming » organisé à Dakar par l’association Ressource/ Sununet
( Re n c o n t re des Sénégalais pour une organisation utile des ressources de la communauté des
ex p a t riés) diri gée par le pro fesseur Mahamadou Lamine Sagna (Pri n c eton). Tout comme
Sénépronet, ils sont composés de cadres sénégalais conscients de la nécessité de regrouper les
forces vives de la Diaspora. Mais quelle Diaspora ?
En effet, à vue d’oeil, il y a effectivement deux composantes distinctes
de cette Diaspora. D’un côté, les émigrés économiques de
base ou modou-modou en Baay Laat ou Fatou-fatou en ndokette
et ceux qu’on pourrait appeler les Modou à col blanc ou Fatou en
tailleur.
Les premiers, en général, n’ont pas fait ou sinon peu d’études.
Ils viennent du village, ont juste transité à l’aéroport LSSSenghor
puis ont atterri à l’aéroport JFK- Kennedy de New York.
Ceux-là restent encore trivialement scotchés au pays. A travers
l’habillement traditionnel, l’alimentation (cébu jen, yassa ou
céré), les loisirs (RTS1 ou Walf TV, mbalax ou xassaïdes, soirée
sénégalaise ou daahira), les débats autour de la politique ou de la
lutte, les préparatifs de la tournée du Marabout. Il y aussi et surtout
le téléphone qui fonctionne à plein régime. Il y en a qui appellent
tous les jours au Sénégal. Bref, tout ce qu’il y a de plus
local… Ceux-là ont élu leur fief à Harlem, précisément sur la 116e
rue où l’on dénombre pas mal de commerces sénégalais. Des restaurants,
boutiques, salons de coiffure et autres points de transfert
d’argent. Ah le transfert d’argent ! Un business qui marche très
fort parce que le modou de base, il n’est content que s’il envoie à
la famille, restée au pays, la fameuse DQ ou dépense quotidienne
et autres nécessités domestiques. Comme le disait quelqu’un :
« On fait vivre le Sénégal alors que nous, on ne vit pas… »
Quant aux Modou à col blanc, ce sont les cadres et intellos qui
ont suivi leur cursus académique dans les universités américaines,
ont fait carrière dans leurs compagnies et y sont bien installés. Ils
y ont acquis et développé des compétences techniques qui leur ont
permis de pouvoir travailler presque partout dans le monde.
Globalisation oblige… Eux sont tellement bien intégrés dans le
Système qu’ils ne sont pas très différents des Américains, de purs
produits du melting pot racial et culturel. Ceux-là, leur sénégalité,
ils ne la vivent pas comme une bannière en bandoulière mais plutôt
telle une boussole qui leur permet de se définir, de garder leur
identité et personnalité et de rester eux-mêmes dans un univers
globalisé en perpétuel mouvement.
Aussi, quel lien peut-on établir entre ces deux composantes
d’une Communauté que, presque, tout sépare ? A part le drapeau
national et peut-être la religion… D’où le sens et l’intérêt du combat
mené par des associations comme Sénépronet ou
Ressource/Sununet. Qui veulent que les Sénégalais s’organisent,
se mettent ensemble et cherchent les voies et moyens de peser au
niveau local, là où ils vivent. Comme une force de lobbying dans
les affaires communales, pour la promotion d’un compatriote à un
poste de responsabilité, pour la défense des intérêts matériels et
moraux, et surtout des valeurs culturelles. Notamment avec l’avènement
de la deuxième génération, des enfants d’émigrés qui
sont, en fait, des Américains à part entière. Et qui risquent d’être
des Sénégalais entièrement à part… Sauf si les parents, collectivement,
font alors un travail de sauvegarde et de perpétuation des
principes et coutumes qui fondent notre sénégalité.
LE RETOUR ? QUEL RETOUR ?
D’autre part, il y a la question du « Retour » qui a toujours été
une préoccupation centrale et se pose à tout émigré. Qu’il soit
intellectuel ou informel ? Ancien ou novice ? Pour El Hadji
Mbacké Fall, Consultant international à New Jersey, il y a un
choix stratégique à faire dès lors qu’on met le pied hors de
l’avion : « On est là pour combien de temps ? Courte ou longue
durée ? » Des réponses, (si réponses, il y a !) apportées à ces
questions existentielles découle tout le reste. Comment alors gérer
utilement son temps de présence ? Pour faire quoi ? Etudier ou
travailler ? Tout en sachant que les études coûtent très chères
mais que c’est presque la seule voie royale pour bien intégrer le
Système. Avoir du bon boulot, gravir rapidement les échelons suivant
sa compétence et réaliser son rêve américain. I have a
dream… !
Rares sont les Sénégalais qui se posent cette question. Ou qui
arrivent à lui trouver la bonne réponse. En général, l’émigré sénégalais,
informel ou intello, pense généralement qu’« il ne part que
pour quelques temps ». Juste pour amasser des sous ou des
diplômes et « bonjour, le retour au pays natal… ». Mais comme le
dit si bien M. Fall, « le constat est que personne ne rentre. L’argent
pour lequel on court du matin au soir, personne ne l’a ». Surtout
les « court-termistes » qui se rendent compte, un peu trop tard hélas
!, qu’« une succession de courts termes n’a jamais fait un long
terme ». Parole de stratégiste !
Ceux qui ont su, dés le départ qu’ils sont émigrés pour, au
moins, une à deux décennies, ceux-là sont les plus aptes à s’intégrer
et à tirer le meilleur profit possible des avantages du Système
américain. D’abord par l’obtention de la Green Card (Carte de
séjour), le permis de travail, l’inscription aux services de la
Sécurité sociale ou carrément chercher la naturalisation et le passeport
américain. Ainsi, ils peuvent facilement bénéficier d’un
prêt immobilier à taux réduit, s’acheter un logement ou le local où
ils font leur business. Ce qui les met à l’abri de bien des aléas…
Soit quelques contours d’une émigration-intégration réussie.