En promouvant Cheikh
Hadjibou Soumaré au poste
de Premier ministre, le
Président Wade a voulu donner,
très certainement, un
signal fort de sa volonté politique de
« faire de l’Economie, la priorité de son
quinquennat ». Prenons-le au mot en
attendant de voir ce que cela va donner à
la pratique… Alors, quelle lecture économique
de cette nomination pour le moins
symbolique ?
Premièrement, le nouveau PM est
l’archétype du grand commis de l’Etat,
haut- fonctionnaire exemplaire et gestionnaire
rigoureux des finances
publiques. Peu bavard, sérieux et loyal,
peu porté sur la chose politique, il est en
fait le PM que Wade a toujours cherché
et qu’il n’avait jamais eu jusque-là. La
preuve, Hadjibou n’a jamais accordé une
interview à quelque journal que ce soit.
Avec son ex-patron et complice,
Abdoulaye Diop, ils ont été un duo soudé,
efficace et effacé durant tout le dernier
septennat. Pas la moindre faille, encore
moins la plus petite discordance.
Toujours en phase. Une exception remarquable
dans les gouvernements du
Président.
Ils avaient réussi à restaurer l’équilibre
des finances publiques, à accroître
les recettes budgétaires et engager les
réformes devant propulser le Sénégal sur
les rampes de lancement de la Stratégie
de croissance accélérée (SCA) et d’un
environnement des affaires de classe
internationale. Ce qui avait conduit à des
taux de croissance moyens de l’ordre de
5% jusqu’en 2005. Mais à partir de 2006,
avec la recrudescence de la flambée des
prix du pétrole, la forte pression de la
demande sociale, et aussi politique, on a
commencé à noter des dérapages. Surtout
au niveau des dépenses publiques qui ont
cru de manière exponentielle. Creusant
ainsi le déficit budgétaire. Pour une première,
depuis bien longtemps, l’Etat central
ne parvenait plus à payer ses engagements
au titre de la dette intérieure. Du
fait d’une forte tension sur le Trésor
public.
Le contexte pré- électoral n’étant pas
pour faciliter les choses, il a fallu alors
débourser, plus que de raison, pour « faire
plaisir » à tous les corps constitués, engagés
dans le processus électoral. Ce qui a
eu le don d’irriter les autres corps.
Comme celui des enseignants qui ont
tenu la dragée haute au Pouvoir jusqu’à
obtenir gain de cause. Sur l’essentiel de
leurs revendications financières.
Même si elle n’est pas grave, la situation
reste quand même « préoccupante ».
Les clignotants sont, au meilleur des cas,
à l’orange. La croissance est au ralenti,
l’environnement des affaires n’est pas
aussi « attractif » qu’on veuille bien nous
le présenter, les blocages structurels persistent
encore. Au niveau de la mobilité
urbaine, de l’éthique et de la bonne gouvernance,
de la fiscalité… Pour dire que
les chantiers d’Hercule du nouvel
Architecte de la Vision du Président sont
bien là et ils n’attendant pas…
Aujourd’hui que les élections sont
derrière nous, le temps est venu de rattraper
ce qui peut encore l’être. Essayer de
re-serrer les vis de la dépense publique
tout en continuant à accroître les recettes
budgétaires, notamment fiscales. Telle
est, en principe, la feuille de route du
nouveau locataire de la Primature. Et
puis, fort heureusement, les dégâts ne
sont pas si énormes, le duo devenu le trio
Hadjibou- Abdoulaye Diop- Ibrahima
Sarr, continuant à bénéficier de la
confiance des bailleurs de fonds. Sans
aucun doute, ils devraient pouvoir relancer
le dialogue et parvenir à collecter des
fonds devant assurer la bonne marche de
l’Economie.
Aussi, Hadjibou aura-t-il besoin d’un
soutien politique fort et en permanence
du Président pour pouvoir disposer de
l’autorité nécessaire pour conduire à bien
ses réformes. Mais avec pas moins de
sept ministres d’Etat, des politiques purs
et durs pour l’essentiel, il faut bien convenir
que la tâche ne sera pas aisée pour
l’avant-dernier des ministres, devenu par
un brusque coup de baguette magique, le
Premier de la classe. Surtout pour ce
technocrate froid et lisse, qui, jusque là,
était totalement apolitique. Sans compter
avec le climat délétère de lutte feutrée, en
haut lieu, pour la succession annoncée du
Président.
Autant de paramètres qui impacteront,
à coup sûr, l’action du nouveau PM
de Wade. Heureusement que dans son
Cabinet, il a pu décrocher des technocrates
de talent avec qui il pourra composer
à merveille afin d’obtenir des résultats
très rapidement et « satisfaire la demande
sociale ». Telle que proclamée dans tous
les discours. Avec Habibou Ndiaye
(Commerce), Hamath Sall (Agriculture),
Fatou Danielle Diagne (Bonne gouvernance
et Compétitivité), sans compter
son « fief »
des Finances, Hadjibou dispose ainsi
d’un bastion solide pour engager le combat
de l’Economie. Le seul qui vaille
d’ailleurs parce qu’il faut d’abord produire
avant de penser à la distribution. C’est
aussi élémentaire…