La relation banque/entreprise est
sous tendue par la notion de
confiance. En acceptant d’entretenir
une relation commerciale
(ouverture de compte), le
banquier et l’entreprise ont décidé de se
faire confiance mutuellement. Il faut comprendre
qu’il existe une interdépendance
entre ces deux entités :
les banques ont besoin des entreprises
pour faire fructifier les fonds qui leur sont
confiés par des opérations d’octroi de crédit
;
les entreprises sont obligées de recourir
aux banques pour financer leur cycle d’exploitation
et leur croissance (besoins d’investissement).
Au Sénégal, l’analyse de l’état de la relation
banque/entreprise fait ressortir un
constat d’incompréhension et de méfiance
qui ne facilite pas la complémentarité.
Cette situation s’explique par une crise de
confiance des banques vis-à-vis des entreprises
qui s’est traduite par une difficulté
d’accès au crédit notamment pour les
PME/PMI. Pour plusieurs raisons.
Si les entreprises arrivent à bien identifier
ces facteurs et à corriger les insuffisances
qui en découlent, la relation se portera
mieux.
PREMIER FACTEUR : une culture
économique, juridique et financière
déficiente
Les banquiers reprochent aux dirigeants
d’entreprise une méconnaissance de l’environnement
économique, juridique, financier
et commercial des affaires.
Une démarche marketing et commerciale
trop souvent absente de leurs préoccupations
(absence d’études régulières sur l’évolution
de leurs marchés pour déterminer les
nouveaux concurrents, la stratégie développée,
les opportunités de développement du
marché, ainsi que l’évolution des habitudes
de consommation). En d’autres termes, il
n’existe pas, pour la plupart des entreprises,
une vision précise du marché.
La gestion de la trésorerie ne répond pas
à une logique scientifique, mais elle est plutôt
basée sur une appréciation intuitive :
le lien, chiffre d’affaires ? résultat ? trésorerie,
n’est pas bien cerné ;
l’effet pervers de la TVA sur la trésorerie
est souvent mal appréhendé ;
les délais fournisseurs et clients sont
généralement mal négociés ;
la non-prise en compte du facteur temps
dans les prévisions de trésorerie.
Sur le plan juridique, les faiblesses
notées concernent surtout les chefs d’entreprises,
appelés à prendre des décisions
stratégiques qui pèsent sur l’avenir de la
structure. Le dirigeant ne doit pas être
obligatoirement un expert en droit des
affaires, mais il doit maîtriser les notions
essentielles liées :
au droit du travail ;
aux voies possibles de recours en cas de
litige ;
à l’organisation judiciaire notamment le
rôle du tribunal de commerce et les dispositifs
de l’OHADA ;
les règles de droit en matière de garantie
de crédit.
Il est vrai que cette organisation, au plan
économique, juridique et financier nécessite
un financement important pour mettre en
place des services internes de qualité, mais
elle est importante pour développer l’image
d’une entreprise qui cherche à mieux maîtriser
son marché et à asseoir une politique
de gestion rigoureuse de son activité.
Un certain nombre de solutions peut être
proposé pour combler cette faiblesse :
toutes les entreprises n’ont pas les
moyens financiers de trouver les RH nécessaires
à la bonne marche de ses services,
mais la solution peut provenir d’une externalisation
de ces fonctions. Un dirigeant
d’entreprise qui s’entoure de conseils n’est
pas un aveu de faiblesse, c’est plutôt un
signe d’intelligence. Les entreprises doivent
recourir aux services des cabinets-conseils
aussi bien sur le plan financier, commercial,
juridique que comptable ;
les chefs d’entreprises et décideurs
(directeurs financiers et commercial, trésoriers,
chefs comptables, chefs de services)
doivent procéder à un renforcement permanent
de capacités par la participation à des
séminaires et un contact régulier avec leurs
pairs (syndicats professionnels, chambres de
commerce, unions patronales) ;
les entreprises doivent également entretenir
des relations avec les centres de
recherche universitaire et de l’enseignement
supérieur pour développer des contrats
de recherche par rapport à leur domaine
d’activité.
DEUXIEME FACTEUR : la sous-capitalisation
des entreprises
Beaucoup de banques ne s’engagent pas
dans le financement des entreprises sénégalaises
en raison de leur sous-capitalisation.
Cette notion qualifie la situation financière
d’une entreprise dont les fonds propres,
c’est-à-dire les capitaux engagés par l’entrepreneur
(ou les associés ou actionnaires)
sont insuffisants du point de vue :
du niveau d’endettement et/ou des résultats
à atteindre ;
des besoins financiers de l’entreprise ;
du cycle d’exploitation ;
du risque que l’entreprise fait courir aux
tiers (les banques, les fournisseurs, les
clients, les salariés …).
Cette sous-capitalisation est souvent évoquée
par les banquiers pour justifier leur
prudence à l’égard des PME notamment.
Il est difficile de la mesurer, de manière
objective, mais il est possible d’établir des
repères :
à la création, les capitaux propres doivent
représenter une part majoritaire sur les investissements à réaliser. Autrement dit,
avant que l’entreprise n’ait fait la preuve de
sa viabilité. En principe, l’essentiel du
risque doit être supporté par les associés ;
dans une phase de croissance stabilisée,
après 3 ou 4 ans d’activités, l’entreprise
ayant déjà fait ses preuves, les partenaires
extérieurs accepteront certainement de
supporter une partie du risque. Dans ce
contexte, les capitaux propres (niveau
d’engagement de l’entrepreneur ou des
associés) pourront représenter au moins
50% des besoins de l’entreprise ;
en phase de maturité, le niveau des
fonds propres peut tourner entre 25 et
30%.
Les banquiers sont frileux à octroyer du
crédit aux entreprises sous-capitalisées en
raison des conséquences qui peuvent naître
de cette situation. En effet, la sous-capitalisation
augmente gravement le risque de
défaillance, c’est-à-dire la situation d’une
entreprise devenue incapable de faire face à
ses engagements :
une insuffisance de fonds propres
entraîne souvent une situation de trésorerie
tendue ;
en cas de perte, les fonds propres doivent
servir à amortir ce choc de l’exploitation,
si ces capitaux sont faibles, ils ne pourront
pas jouer ce rôle ;
le financement d’une entreprise souscapitalisée
peut conduire le banquier à
commettre ce que l’on appelle le délit de
soutien abusif. En effet, lorsque l’entreprise
présente une situation financière déséquilibrée
(capitaux propres insuffisants), tout
crédit accordé par une banque peut être
condamné par les juridictions compétentes
pour le motif de soutien abusif à une structure
dont la situation financière ne garantissait
pas le remboursement des fonds.
Les entreprises ont donc intérêt à disposer
de fonds propres suffisants pour mieux
inciter les banques à intervenir dans le
financement de leurs activités.
Fonds propres confortables = Moins de
risque pour les banques (et les tiers) ?
Possibilités pour l’entreprise de mobiliser
des capitaux complémentaires auprès des
banques ? Trésorerie plus souple ? Réduction
du risque de défaillance.
TROISIEME FACTEUR : Une gestion
au jour le jour
Les banquiers ont très souvent du mal à
soutenir et à accorder une certaine confiance
aux entreprises dont la gestion est faite
au jour le jour. Beaucoup d’entreprises
n’ont pas de vision à long terme, ne planifient
pas leurs actions. Ce qui ne donne pas
l’image d’une gestion rigoureuse. Un dirigeant
d’entreprise doit être en mesure de
déterminer les objectifs à atteindre sur une
période de 3 à 4 ans et de pouvoir évaluer
les moyens pour y arriver, notamment
l’apport financier que doit réaliser le banquier.
Il s’agit donc d’établir un plan de développement
sur 3 à 4 ans avec une évaluation
correcte des besoins sur cette période
ainsi que le niveau d’implication des
banques pour atteindre ces objectifs.
Ce manque de vision à long terme peut
s’expliquer par :
la gestion prévisionnelle au quotidien de
la trésorerie ;
une culture économique faible qui handicape
le dirigeant dans sa capacité à appréhender
les enjeux, de manière globale ;
une sous-capitalisation qui crée une
contrainte de gestion financière au jour le
jour : recherche de financement souvent
dans l’urgence et la précipitation pouvant
entraîner le risque important de faire un
mauvais choix financier.
En plus du plan de développement, l’entreprise
doit, également, élaborer un plan
de trésorerie qui permet de déterminer son
niveau de besoin mensuel pour le financement
du cycle d’exploitation. C’est sur la
base de ces deux documents que l’entreprise
pourra évaluer son besoin en financement
bancaire pour la trésorerie et l’investissement.
Ces informations doivent être
communiquées au banquier à temps, afin
qu’il puisse étudier le dossier de financement
dans les délais. Ce qui permettra à
l’entreprise de ne pas être sous la pression
des urgences. Cette démarche ne fera que
renforcer la confiance que le banquier aura
vis-à-vis de son client (entreprise).
QUATRIEME FACTEUR : I n c a p acité
des entreprises à fournir des prévisions
fiables
La transparence dans la gestion est un
élément déterminant de la relation entreprises/
banque. Les entreprises, incapables
de produire des prévisions fiables sur le
carnet de commandes, donc sur le chiffre
d’affaires à réaliser, auront du mal à
convaincre le banquier pour les accompagner
dans le financement du cycle d’exploitation.
Il faut comprendre que les crédits
de trésorerie, accordés par les
banques, ont une fonction principale d’anticipation
des recettes tirées de la vente. A
ce titre, le premier critère d’évaluation du
risque, adossé à ce type de financement,
demeure les prévisions de volume d’affaires.
A ce niveau, c’est le compte d’exploitation
prévisionnel qui doit servir de
premier outil d’évaluation des recettes. Il
doit être élaboré par le Service financier
en collaboration avec les autres services. Il
faut préciser qu’il ne s’agit pas de faire des
prévisions pas réalistes, mais son élaboration
doit plutôt s’appuyer sur les critères
suivants :
le volume de commande, renouvelé
chaque année, par les fidèles clients ;
l’impact des nouveaux produits ou services
sur le chiffre d’affaires ;
le risque quantifié de perte d’un segment
de marché lié au développement de
la concurrence ;
les perspectives de hausse (ou baisse)
d’activité liées à l’environnement économique
national et international (les
dépenses d’infrastructures de l’Etat, l’évolution
du marché du pétrole,…) ;
l’impact des perspectives d’activités
sur les charges variables.
La production de prévisions fiables ne
doit pas se limiter à une simple élaboration
du compte d’exploitation. Elle doit
intégrer la mesure et l’évaluation des réalisations
à mi-parcours pour :
déterminer la tendance, comparativement
aux prévisions établies ;
identifier les variables sur lesquelles il
faut agir pour atteindre les objectifs fixés ;
fournir au banquier les éléments d’appréciation
du niveau d’activité à mi parcours,
information utile pour renforcer la
confiance.
Il s’agit donc, pour l’entreprise, de faire
des arrêtés (compte de résultat et bilan
provisoire) à un rythme trimestriel ou
semestriel. Le compte de résultat provisoire
trimestriel doit être transmis régulièrement
au banquier pour partager avec lui
l’état des réalisations ainsi que la capacité
de l’entreprise à atteindre les objectifs
budgétaires.
Il existe un déficit de communication
énorme à ce niveau, car rares sont les
entreprises qui produisent et communiquent
de telles informations à leur banquier.
Or, les entreprises ignorent que les
banquiers sont très sensibles à cette
rigueur et transparence de gestion. Il faut,
cependant éviter de produire des états
erronés juste pour chercher à convaincre
son banquier. En effet, le premier indicateur
du niveau d’activité ou de santé financière
de l’entreprise reste le fonctionnement
du compte bancaire. Autrement dit,
les états provisoires reçus par le banquier
sont toujours comparés au fonctionnement
du compte de l’entreprise, pour voir
s’ils traduisent une image fidèle de l’activité.