SUD QUOTIDIEN - Entre le Fonds monétaire international (Fmi) et les autorités sénégalaises des finances, on ne porte pas les mêmes lunettes pour jauger les flux d’argent provenant de la diaspora.
Les prévisions pessimistes du Fonds monétaire international (FMI) avaient fait état d’une baisse de 28% en 2009 des transferts officiels des Sénégalais travaillant à l’étranger soit des flux de 400 milliards de FCfa contre 555 milliards de FCfa en 2008. « Nous commençons à voir les premiers signaux de la crise avec la baisse des transferts de travailleurs à l’étranger », avait récemment Alex Segura, représentant résident du FMI à Dakar, sur les ondes de RFI(Radio France internationale).
Même Abdoulaye Diop, le ministre sénégalais de l’Economie et des finances y avait cru. Mais pour l’heure, c’est plutôt une augmentation des flux en provenance de la diaspora qu’il constate, sans pour autant se l’expliquer. « C’est un phénomène que nous ne nous expliquons pas, mais dont nous essayons de trouver les raisons, et nous voulons aussi l’observer sur une plus longue période », déclarait-il lors
Par ailleurs, l’étude récente de l’Institut national d’études démographiques (INED, France) établit que les immigrés originaires d’Afrique subsaharienne ne représentaient, en 2004, que 12% de l’ensemble des immigrés installés en France, soit trois fois moins que les Maghrébins et les Européens, semble corroborer l’analyse de l’agence Standard & Poor’s qui indique qu’un pays comme le Liban est plus exposé que les autres face à la crise financière internationale. En fonction de leurs degrés d’exposition à la manne transférée par les immigrés et de la provenance, des pays comme le Maroc, la Tunisie, le Liban, l’Egypte et la Jordanie appréhendent l’évolution de la crise financière internationale.
Après un record de 27 milliards de dollars transférés en 2008, les flux générés par les travailleurs immigrés de ces pays peuvent être perturbés en 2009 par la crise financière internationale, selon l’analyse faite par l’agence Standard & Poor’s qui a élaboré plusieurs scénarii. Aussi, les flux allant au Maroc et en Tunisie, dont 80% des travailleurs étrangers vivent en France et en Espagne, dépendraient au premier degré de l’évolution de la situation dans la zone euro. Pour sa part, l’Egypte, dépendante de ce type de transferts à concurrence de 5% de son PIB, reste peu exposée à la déprime européenne ; les travailleurs égyptiens à l’étranger s’établissent en général dans le Golfe persique, une région susceptible de mieux résister à la crise financière grâce aux liquidités accumulées durant la période du pétrole cher.
En revanche, dans l’hypothèse extrême où ces flux de devises baisseraient de 50% en 2009, la détérioration du compte courant atteindrait 10 à 19% du PIB pour le Liban. Ce serait le pays le plus exposé aux flux de la diaspora, même si le risque est presque identique pour la Jordanie en termes de détérioration du compte courant. Le Maroc, quant à lui, supporterait une diminution de 3,5% de son compte courant tandis que l’Egypte et la Tunisie en seraient quittes pour 2 à 3% de leurs PIB respectifs.
En somme, Standard & Poor’s envisage la détérioration du compte courant à raison d’une baisse de 20%, 30%, 40% et 50% des flux de transferts.
Moins exposés les subsahariens ?
10,4 milliards de dollars auraient été transférés dans les Pays les Moins Avancés (PMA) par les travailleurs immigrés en 2004. La même année, les immigrés originaires d’Afrique subsaharienne ne représentaient, en 2004, que 12% de l’ensemble des immigrés installés en France, soit trois fois moins que les Maghrébins et les Européens. Ce constat, qui met à mal bien des idées reçues médiatisées, a été établi par l’Institut national d’études démographiques (INED, France) dans un numéro de sa revue « Population et sociétés », paru le 19 février dernier.
Ces chiffres n’ont pas dû bien évoluer depuis, au contraire car, une autre étude bien plus récente de la Banque africaine de développement(Bad) fait état d’un doublement entre 2000 et 2006 des flux des transferts de fonds des migrants vers l’Afrique subsaharienne, atteignant 9 milliards de dollars.
Le fait que ces chiffres, révélés dans l’étude de l’INED soient ceux de 2004 et parfois d’années antérieures, apparaît étonnant et pourrait, toutefois, s’expliquer par un embargo ordonné sur certaines données liées à l’immigration. Un exemple de ces embargos a été celui qui a frappé, en 2002, les données du « rapport Le Bon » (direction de la Population et des Migrations, ministère du Travail) et retardé leur publication jusqu’à 2004.
La grande somme de données exploitées et croisées dans l’étude comprennent les chiffres des « stocks d’immigrés », obtenus grâce aux Recensements généraux de la population, et ceux des « flux d’entrées », collectés au niveau des ministères de l’Intérieur et de l’Immigration (nombre de titres de séjour délivrés) ainsi que de l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migra¬tions (ANAEM), qui comptabilise, lors de leur visite médicale, les personnes admi¬ses à résider dans ce pays pour trois mois au moins.
Evalué à 570 000 en 2004, le nombre d’immigrés subsahariens en France a été, certes, multiplié par 27 en 42 ans, mais, avertit l’étude, « on partait de très bas » car, en 1962, ils n’étaient que 20 000. Bien qu’entre 1994 et 2004, la part de l’immigration en provenance d’Afrique subsaharienne soit passée de 10 % à 17 % de l’ensemble des en¬trées sur le territoire français, celle-ci « est restée largement devancée par les flux venant du reste de l’Europe ou du Maghreb », y lit-on encore.
Ces conclusions semblent bien tenir compte de l’immigration dite clandestine car, d’un côté, les recensements généraux de la population peuvent inclure des immigrés non installés légalement dans le pays et, de l’autre, les chiffres des titres de séjour attribués comprennent ceux accordés à des « illégaux » régularisés en 1997-98 (par le gouvernement de Lionel Jospin) et dans les années suivantes.
L’étude de l’INED bat en brèche une autre idée reçue sur l’immigration subsaharienne en France, celle qui fait des migrants irréguliers subsahariens l’essentiel du stock des « irréguliers » dans ce pays. Les Subsahariens ne représenteraient que 40% des personnes ayant obtenu un titre de séjour lors des régularisations de 1997-98. Ils ne représentent que 31 % de celles ayant été régularisées entre 1999 et 2006. Conclusion : « Aucun pays d’Afrique subsaharienne ne figure dans le trio de tête des bénéficiaires des régularisations, formé par l’Algérie, le Maroc et la Chine. »