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REUSSIR N° 26 DIASPORA & RETOUR
Publié le 1er septembre 2008 à 4h13

Quelle Diaspora et quel retour ? En septembre 2007, REUSSIR avait réalisé un grand dossier sur « Diaspora et Retour » à la suite du colloque sur le « Home Coming » organisé à Dakar par l’association Ressource/Sununet (Rencontre des Sénégalais pour une organisation utile des ressources de la communauté des expatriés) dirigée par le professeur Mahamadou Lamine Sagna (Princeton). Tout comme Sénépronet, ils sont composés de cadres sénégalais conscients de la nécessité de regrouper les forces vives de la Diaspora. Mais quelle Diaspora ?

En effet, à vue d’œil, il y a effectivement deux composantes distinctes de cette Diaspora. D’un côté, les émigrés économiques de base ou Modou-modou en Baay Laat ou Fatou-fatou en ndokette et ceux qu’on pourrait appeler les Modou à col blanc ou Fatou en tailleur.

Les premiers, en général, n’ont pas fait ou sinon peu d’études. Ils viennent du village, ont juste transité à l’aéroport LSS- Senghor puis ont atterri à l’aéroport JFK- Kennedy de New York. Ceux-là restent encore trivialement scotchés au pays. A travers l’habillement traditionnel, l’alimentation (cébu jen, yassa ou céré), les loisirs (RTS1 ou Walf TV, mbalax ou xassaïdes, soirée sénégalaise ou daahira), les débats autour de la politique ou de la lutte, les préparatifs de la tournée du Marabout. Il y aussi et surtout le téléphone qui fonctionne à plein régime. Il y en a qui appellent tous les jours au Sénégal. Bref, tout ce qu’il y a de plus local… Ceux-là ont élu leur fief à Harlem, précisément sur la 116ème rue où l’on dénombre pas mal de commerces sénégalais. Des restaurants, boutiques, salons de coiffure et autres points de transfert d’argent. Ah le transfert d’argent ! Un business qui marche très fort parce que le modou de base, il n’est content que s’il envoie à la famille, restée au pays, la fameuse « DQ » ou dépense quotidienne et autres nécessités domestiques. Comme le disait quelqu’un, « on fait vivre le Sénégal alors que nous, on ne vit pas… » !

Quant aux Modou à col blanc, ce sont les cadres et intellos qui ont suivi leur cursus académique dans les universités américaines, ont fait carrière dans leurs compagnies et y sont bien installés. Ils y ont acquis et développé des compétences techniques qui leur ont permis de pouvoir travailler presque partout dans le monde. Globalisation oblige… Eux sont tellement bien intégrés dans le Système qu’ils ne sont pas très différents des Américains, de purs produits du melting pot racial et culturel. Ceux-là, leur sénégalité, ils ne la vivent pas comme une bannière en bandoulière mais plutôt telle une boussole qui leur permet de se définir, de garder leur identité et personnalité et de rester eux-mêmes dans un univers globalisé en perpétuel mouvement.

Aussi, quel lien peut-on établir entre ces deux composantes d’une Communauté que, presque, tout sépare ? A part le drapeau national et peut-être la religion… D’où le sens et l’intérêt du combat mené par des associations comme Sénépronet ou Ressource/Sununet. Qui veulent que les Sénégalais s’organisent, se mettent ensemble et cherchent les voies et moyens de peser au niveau local, là où ils vivent. Comme une force de lobbying dans les affaires communales, pour la promotion d’un compatriote à un poste de responsabilité, pour la défense des intérêts matériels et moraux, et surtout des valeurs culturelles. Notamment avec l’avènement de la deuxième génération, des enfants d’émigrés qui sont, en fait, des Américains à part entière. Et qui risquent d’être des Sénégalais entièrement à part… Sauf si les parents, collectivement, font alors un travail de sauvegarde et de perpétuation des principes et coutumes qui fondent notre sénégalité.

Le Retour ? Quel retour ?

D’autre part, il y a la question du « Retour » qui a toujours été une préoccupation centrale et se pose à tout émigré. Qu’il soit intellectuel ou informel ? Ancien ou novice ? Pour El Hadji Mbacké Fall, Consultant international à New Jersey, il y a un choix stratégique à faire dès lors qu’on met le pied hors de l’avion : « On est là pour combien de temps ? Courte ou longue durée ? » Des réponses, (si réponses, il y a !) apportées à ces questions existentielles découle tout le reste. Comment alors gérer utilement son temps de présence ? Pour faire quoi ? Etudier ou travailler ? Tout en sachant que les études coûtent très chères mais que c’est presque la seule voie royale pour bien intégrer le Système. Avoir du bon boulot, gravir rapidement les échelons suivant sa compétence et réaliser son rêve américain. I have a dream… !

Rares sont les Sénégalais qui se posent cette question. Ou qui arrivent à lui trouver la bonne réponse. En général, l’émigré sénégalais, informel ou intello, pense généralement qu’ « il ne part que pour quelques temps ». Juste pour amasser des sous ou des diplômes et « bonjour, le retour au pays natal… ». Mais comme le dit si bien M. Fall, « le constat est que personne ne rentre. L’argent pour lequel on court du matin au soir, personne ne l’a ». Surtout les « court-termistes » qui se rendent compte, un peu trop tard hélas !, qu’« une succession de courts termes n’a jamais fait un long terme ». Parole de stratégiste !

Ceux qui ont su, dés le départ qu’ils sont émigrés pour, au moins, une à deux décennies, ceux-là sont les plus aptes à s’intégrer et à tirer le meilleur profit possible des avantages du Système américain. D’abord par l’obtention de la Green Card (Carte de séjour), le permis de travail, l’inscription aux services de la Sécurité sociale ou carrément chercher la naturalisation et le passeport américain. Ainsi, ils peuvent facilement bénéficier d’un prêt immobilier à taux réduit, s’acheter un logement ou le local où ils font leur business. Ce qui les met à l’abri de bien des aléas… Soit quelques contours d’une émigration-intégration réussie.

 
 
 
 
   
 
 
 
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