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Dossiers Le Sénégal, un lion économique ? Si et seulement si.......
Publié le 1er juillet 2006 à 23h13

Avec Le Sénégal, un lion économique ? essai sur la compétivité d’un pays du Sahel, Editions Karthala, Paris, Mamadou Lamine DIALLO, l’auteur, poursuit une réflexion entamée depuis son premier ouvrage, parue en 1998, Les Africains suivront-ils l’Afrique ? chez le même éditeur.

Mamadou Lamine Diallo, brillant ingénieur, s’il en est, est diplomé de l’Ecole Polytechnique de Paris (X) et de l’Ecole des Mines de Paris (Mines). Cet X-Mines, donc, est en même temps docteur en économie de l’Ecole des Mines de Paris. Après avoir travaillé pendant cinq longues années à Washington à la Banque Mondiale, M. L. Diallo a depuis lors, rejoint la Banque Centrale de l’UEMOA. Remarqué pour son brillant cursus universitaire et professionnel, il va pantoufler sous trois Premiers ministres : Habib Thiam, Mamadou Lamine Loum et, à l’Alternance, il est encore dans le cabinet Niasse, inamovible conseiller aux Infrastructures et à l’Economie du gouvernement. Entre temps revenu à la Banque Centrale, à la direction des Etudes, où entre deux articles scientifiques de modélisation économique, il s’ennuie ferme. Jusqu’au moment où Alpha Oumar Kounaré, nouveau président de de la Commission de l’Union Africaine qui à remplacé l’OUA, le fait venir à Addis-Abeba, à ses côtés, pour diriger son cabinet. Ce polytechnicien, qui fourmille d’idées,à ce poste difficile, a réussi à moderniser , et à rationnaliser la lourde bureaucratie que l’Union africaine a reçu en héritage de l’OUA, malgré les pesanteurs ambiantes. Après ce fructueux chantier, le président de la Commission de l’UA l’a nommé commissaire de l’Union africaine chargé de faire des propositions pour l’établissement des Etats-Unis d’Afrique. Avec ce dernier livre, Mamadou Lamine Diallo souhaite ouvrir un vrai débat sur les conditions, ou plus exactement les pré-requis ou préleables pour l’émergence du Sénégal, pour ne pas dire sa modernisation ou un terme plus galvaudé, son développement. En fait la métaphore du « lion » renvoie ici aux métaphores des « tigres » et autre « dragons » d’Asie. Comme fasciné par le paradigme asiatique avec le cas extréme de la Chine qui connaît depuis plus d’une décennie un taux de croissance du PIB supérieur à 10%, là où nous Sénégalais gonflons les biceps pour une croissance d’à peine 5% M. Lamine Diallo analyse les ressorts de la croissance sénégalaise. Drôle de croissance, portée, et M. L. Diallo le montre très bien, par l’immobilier et les télécommunications. Une telle croissance peu porteuse d’emplois n’est pas à même d’amener notre pays sur les sentiers de l’émergence. C’est pourquoi, M. L. Diallo plaide pour une nouvelle macro-économie africaine. Pour Diallo, en réalité, l’économie conventionnelle qui s’est aujourd’hui mondialisée pose et a toujours posé un certain contexte d’évolution avec des acteurs et des institutions. Les interactions entre acteurs régulent le marché. D’un côté, des producteurs qui veulent maximiser leur production et de l’autre, des consommateurs qui à leur tour, cherchent à maximiser leur fonction d’utilité. Les producteurs sont à l’affût des progrès scientifiques et techniques et cherchent à s’insérer dans les circuits à forte productivité. Qu’en est-il de l’économie sénégalaise ? Diallo fait une critique de toutes les politiques économiques jusqu’ici en place au Sénégal. Il montre que dès l’avénement du colonialisme, une élite habituée à la soumission a pris entre ses mains le destin du pays. Tout le programme economique s’est déroulé sur un fond d’économie rentière qui gangréne le pays. De plus en plus, il y aura une opposition entre une élite rentière qui n’a pas encore vraiment compris les enjeux de la modernisation et une élite émergente, mais qui helas n’est pas encore au pouvoir. Or, si nous souhaitons rejoindre le peleton des pays émergents, Diallo pense qu’il faudra un certain nombre de ruptures. La principale sera d’abord mentale. C’est pourquoi l’auteur a fait de l’analyse des mentalités collectives un point focal de son livre. Par ailleurs, Diallo montre comment le Sénégal a été relégué du point de vue des resultats économiques par des pays comme la Tunisue ou la Corée du Sud, pays qui, en 1960, avaient des taux d’épargnes et des Pnb/hbt moins élevés que ceux du Sénégal ! On connaît la suite… Face aux défis de la pauvreté et du ch o m age, de plus en plus de Sénégalais s’exilent. L’auteur montre que l’immigration est une tendance lourde de la société sénégalaise et qu’elle va concerner de plus en plus l’élite émergente. C’est une des hypothéses basses de l’auteur si l’economie rentière continue à dominer au Sénégal. L’autre hypothése plus optimiste imagine une victoire de l’élite émergente qui même lors qu’elle devient hégémonique nous donne la possibilité d’avoir en ligne de mire des pays comme l’Ile Maurice ou l’Afrique du Sud. Dans son plan pour l’emergence du Sénégal, Diallo met en avant l’importante problématique de la formation des ressources humaines, donc de l’éducation et la question non moins importante du régime foncier au Sénégal qu’il faudra nécessairement réformer. L’auteur plaide pour l’encadrement du ministère de l’économie par des « Think- Thank » sur le modèle d’une Unité de Politique Economique (UPE) qui va penser la stratégie industrielle et économique du gouvernement. Dans cette UPE qui regroupera sous la houlette de l’Exécutif les melleuirs experts en économie du pays. Alors le Sénégal, un lion économique ? En tout cas Mamadou Lamine Diallo a le mérite de poser le débat sans aucune prétention. Le fait de poser la problématique de l’émergence sous la forme d’une interrogation est sans doute un parti-pris épistémologique et théorique de laisser les questions toujours ouvertes, ce qui est toujours heuristiquement plus riche. Un tel livre analytique, riche d’idées neuves, et fourmille de propositions novatrices ne peut pas se resumer dans le cadre d’un article. C’est pourquoi, je recommande sa lecture à tous ceux qui ont à coeur le devenir- monde du Sénégal.

Le Sénégal, un lion économique ? Essai sur la compétitivité d’un pays du Sahel Mamadou Lamine DIALLO KHARTALA - CREPOS PRIX : 11 000 FCFA

 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
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