Vivez en quasi simultané le voyage de Minielle Tall au Danemark, pour assister à la conférence de Copenhague.
Le 03 décembre dernier, le Ministre d’Etat, Ministre de l’Environnement, Monsieur Djibo Leity Kâ, a tenu un point de presse pour parler de la présence du Sénégal à Copenhague et pour présenter la forte délégation (60 personnes) que ce pays avait constitué pour le représenter dans le cadre du sommet sur le Climat.
Un fort bel exercice qui témoigne d’une volonté de partage et qui, je l’espère, sera davantage systématisé.
A l’ordre du jour, la composition de la délégation donc. Mais pas seulement. La stratégie de « voix commune et unie pour l’Afrique » aura aussi été présentée et défendue par le Ministre qui a ainsi rappelé les 5 objectifs de négociations qui concernaient (tels que définis à la COP 13 tenue à Bali - en Indonésie - en 2007) :
l’atténuation des Gaz à effet de serre (GES)
l’adaptation aux Changements climatiques (à travers les programmes nationaux d’adaptation)
le transfert de technologies
le renforcement de capacités
le financement (120 milliards par an sur 10 ans)
Durant la période de question, je n’ai pas pu m’empêcher de demander au Ministre (et malgré tout le bien que je souhaitais aux négociations) si l’Afrique avait tout de même un plan B, juste au cas où les choses ne se présenteraient pas aussi bien qu’on l’espère.
La réponse du Ministre a été très honnête : « Nous n’en avons pas. Et même si nous en n’avions ce n’est pas à moi de le présenter ici. Je vous rappelle qu’il ne s’agit pas seulement du Sénégal mais de l’Afrique ».
Sauf que voilà, ce qui devait malheureusement arriver… arriva.
A Copenhague, et sans plan B, l’Afrique se retrouve aujourd’hui bien malmenée. Loin de moins l’idée de critiquer la posture africaine, qui, pour une fois a fait front (ce qui se doit d’être enfin la norme et pour beaucoup d’autres chantiers communs). Mais d’ailleurs sans solution de rechange, cette position unique fait l’effet d’un coup d’épée dans l’eau.
Je ne dis pas qu’il aurait fallu, d’entrée de jeu, s’avouer vaincu en servant aux intéressés un « nous voulons ça, ça et ça… mais si vraiment ce n’est pas possible, nous nous contenterons de juste cela… » ! N’empêche, l’Afrique aurait dû avoir plus d’un tour dans son sac et ne pas avoir une confiance aveugle en sa bonne étoile (qui lui a souvent fait faux bond mine de rien).
Senghor avait encore une fois raison : « le courage est nègre et la raison est hélène ». Car oui, l’Afrique a été courageuse. Mais elle a sous estimé son adversaire en allant à ce sommet sans autres arguments qu’un discours de culpabilité qui, osons le dire, n’a jamais fait réagir personne (et surtout pas l’Occident).
Avec rien d’autres à offrir qu’un énorme plaidoyer moralisateur à l’endroit des pays industrialisés - qui n’aiment décidément pas se faire prendre à défaut - l’Afrique et les pays du Sud en général, n’ont pas retenu les leçons de l’Histoire.
Et puis de toutes façons, pour parler de négociations, il faut avoir quelques choses à offrir. Hors c’est bien là le problème de ce continent qui a énormément de ressources et donc d’atouts, mais qui n’en a que très peu conscience… (un complexe d’infériorité qui nous est resté de la période coloniale je suppose).
Le Nord, par contre, était un peu plus préparé puisque dès le début, les pays industrialisés ont fait semblant d’abonder dans le sens de tous (histoire de calmer les esprits et de tromper l’ennemi) pour ensuite, et une fois sur place, dévoiler leurs véritables intentions : une vraie partie de poker !
Avec une intransigeance (qu’on leur connaît bien), ils n’ont absolument rien céder. Pire, ils n’ont inscrit à leur agenda que ceux qu’ils attendaient réellement de cette rencontre (et l’incident danois – voir post précédent – le prouve bien).
Personne ne peut remettre en question les habitudes occidentales. Ceci est bien la preuve qu’ils n’ont vraisemblablement pas compris que c’est à force de tout mieux savoir que tout le monde qu’on en est justement arrivé là.
Alors oui, tout ça était prévisible et il est bien dommage que tous se soient, à nouveau pris dans le jeu des dominants.
Copenhague devait servir de nouveau point de départ et permettre à tous de repartir à zéro. Il n’en sera rien. La planète continuera de subir l’inertie des uns et les diktats des autres.
En tout cas, et pour tous les pays présents, une évidence demeure : c’est encore le contribuable qui va trinquer puisque toutes les délégations officielles présentes à « ce sommet de plus » y sont allées … aux frais de la princesse.
Minielle Tall