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REUSSIR N°41 LA TOTALE : IBRAHIMA DIOUF (DPME) « Les PME, la base pour le développement économique… »
Publié le 5 février 2010 à 18h56

En tant que principal maître d’œuvre des politiques de l’Etat en matière de Promotion et de développement des PME, la Direction des PME joue aussi un rôle d’interface avec le Secteur privé. Pour bien comprendre les tenants et les aboutissants, les enjeux et les perspectives de ces politiques en faveur des PME, REUSSIR s’est entretenu avec M. Ibrahima Diouf, Directeur des PME.

Comment définissez-vous la PME ?

Disons qu’il n’y a pas une définition universelle de la PME. Les critères retenus différent en fonction des objectifs et stratégies de développement des pays. C’est le cas au niveau des pays de l’OCDE et de certaines agences spécialisées de l’ONU comme le BIT, l’ONUDI ou la CNUCED. Ces définitions se réfèrent à des critères quantitatifs comme la taille (investissements, capital social, capacité de production, effectif) ou les performances (production, chiffre d’affaires, valeur ajoutée...) De même, le mode de gestion, le statut juridique et/ou l’actionnariat permettent de distinguer l’entreprise familiale, artisanale, individuelle de l’entreprise moderne de production, de transformation ou de services, à vocation domestique ou exportatrice. Selon la Commission Economique pour l’Asie et l’Extrême Orient (CEAEO) qui a publié la première tentative de définition en 1952, « la Petite et Moyenne Entreprise est celle qui n’emploie pas plus de 20 travailleurs si elle utilise une force motrice ou 50 agents au maximum si elle n’utilise pas de force motrice ».

Pour le BIT, les PME, au sens large, englobent les entreprises industrielles modernes qui occupent jusqu’à 50 personnes, les unités familiales de 3 à 4 membres, les industries villageoises, les associations de personnes, les micro-entreprises et les personnes travaillant à leur propre compte dans le secteur non structuré.

A la lumière des critères, on voit que l’entreprise qualifiée de PME dans un pays peut s’avérer grande ailleurs. Aussi, il est difficile de définir la PME par son objet, lequel couvre souvent tous les secteurs d’activités.

D’un point de vue purement économique, c’est quoi une PME ?

Au plan économique, on peut définir la PME par un certain nombre de traits ou de comportements spécifiques. Le premier et plus important, est la superposition de la propriété et du pouvoir. En effet, le « propriétaire » de la PME est aussi, en même temps, dans la majorité des, cas le principal gestionnaire. Ce propriétaire, unique ou avec d’autres partenaires, est très souvent prépondérant. Avec ou sans forme sociétaire, la PME reste marquée du sceau de son promoteur. Ses comportements sont largement déterminés par ses objectifs et sa mentalité. Il y joue, à des degrés divers, le rôle si souvent décrié, notamment par les banquiers, d’homme à tout faire.

A cela, on peut ajouter, le peu ou l’absence de dissociation dans les activités de la PME, entre la sphère productive et la sphère domestique ainsi que l’empreinte familiale sur ces activités. Ou l’orientation quasi-exclusive vers le marché local (90% de nos PME sont non exportatrices), le faible recours ou l’accès limité au crédit, l’insuffisance d’un salariat permanent ou le développement souvent faible de la comptabilité et des méthodes modernes de gestion. On voit que la définition économique de la PME ne peut aisément tenir dans les frontières du quantitatif.

Quelles conséquences peuvent en découler ?

Deux conséquences majeures. D’abord que les PME ne peuvent être qu’un ensemble pluriel. Aussi, la Loi d’orientation des PME a réussi à leur donner plus visibilité, en les différenciant des Grandes entreprises. La Loi prévoit des dispositifs spécifiques d’appui et d’encadrement pour les entreprises artisanales, de BTP et celles évoluant dans le secteur dit informel en vue de leur évolution vers le secteur structuré.

D’autre part, le quantitatif ne suffit pas pour définir la PME. Un exemple, une entreprise, même de petite dimension, en termes d’investissement ou d’effectif, peut-elle être traitée comme une PME si elle est la filiale d’un grand groupe ? N’est-ce pas la grandeur de la maison-mère qui prime sur la petitesse de la fille ?

Au Sénégal, quel a été le processus de prise en considération de la PME ?

Au Sénégal, il faut dire que la Charte des PME, validée en décembre 2003 par l’Etat et le Secteur privé, en présence du Groupe Thématique des Bailleurs de Fonds sur le Secteur privé et aujourd’hui, la Loi d’orientation 2008 du 28 juillet 2008, relative à la promotion et au développement des PME, sont parvenues à une définition consensuelle de la PME. Aujourd’hui, tout le monde est d’accord que le développement économique, sur la longue durée, ne peut être assuré à la base qu’à travers un tissu dense de PME pour lequel un environnement favorable à sa création, à son développement et à sa pérennisation doit être impérativement mis en place. Au Sénégal, la prise de conscience du rôle des PME remonte aux années 80 avec la loi 87- 25 du 18 août 1987 portant Code des Investissements. Auparavant, les plans de développement économique et social définissaient des orientations générales qui n’accordaient pas une attention particulière à la PME. Après la dévaluation, le Secteur privé est promu au rang de moteur de la croissance. Des réformes en profondeur sont engagées pour permettre au Secteur privé de jouer son rôle de créateur de richesses avec la création de la Fondation Secteur Privé, le Comité de Réforme Juridique et le Groupe de Réflexion sur la Compétitivité et la Croissance.

Quelles sont les innovations majeures apportées par la Loi d’orientation des PME ?

Je voudrais saluer l’adoption par le Parlement de cette loi et sa promulgation le 28 juillet 2008 par le Chef de l’Etat. Le vote de cette loi traduit l’engagement des Autorités à doter la PME d’un cadre juridique et institutionnel suffisamment favorable à sa création, à son développement et à sa pérennisation. Il traduit la volonté politique clairement exprimée par le Chef de l’Etat, de faire jouer au PME un rôle majeur dans le processus d’émergence économique du Sénégal.

La Loi d’orientation apporte, en effet, des innovations de taille notamment en matière d’accès des PME aux marchés publics, au financement et au foncier. Elle introduit une discrimination positive à l’endroit des femmes et des jeunes entrepreneurs. Les collectivités locales et les organisations patronales font l’objet d’une attention particulière quant à leur rôle dans la promotion de l’investissement des PME et l’appui dont elles peuvent bénéficier.

Les PME se plaignent toujours des difficultés d’accès au crédit. Quelles solutions innovantes préconisez-vous ?

Les causes des difficultés d’accès des PME au crédit sont à rechercher aussi bien du côté de l’offre que de la demande. Sur ce point, je vous renvoie à l’étude, financée par la Coopération financière allemande sur le marché de l’offre et de la demande de financement des PME au Sénégal. Pour l’Etat, responsable des politiques de développement, il faut soutenir la demande de crédit exprimée par les PME en les rendant solvables. D’où l’objet de la Loi d’orientation.

L’Etat s’est engagé à favoriser l’accès des PME au financement à travers une simplification des procédures. Il s’engage aussi, en étroite collaboration avec les institutions bancaires et financières et les partenaires au développement, à mettre en place un Fonds de garantie PME.

Par ailleurs, pour les besoins de financement de l’investissement des PME, la Loi prévoit la mise en place d’organismes ou de lignes de capital-risque pour la création et le développement.

L’autre innovation a trait aux Organismes de placements collectifs en valeurs mobilières (OPCVM). Ils permettent aux PME de se doter en fonds propres et de les habituer à des partenariats avec des actionnaires extérieurs, détenteurs de capitaux. Le nouveau compartiment PME de la BRVM devra permettre aux PME de lever des fonds sur le marché financier à des conditions plus souples.

L’accès des PME aux marchés publics est posé comme condition de densification et de renforcement de leur compétitivité. Qu’en pensez-vous ?

Pour l’accès des PME à la commande publique, il est prévu au titre de la passation des marchés publics que les services de l’Etat et ses démembrements veillent à soumettre une proportion de ces marchés à la concurrence entre PME, selon des conditions et modalités à définir par voie réglementaire.

Nous sommes en contact avec les principaux responsables des Marchés publics pour rendre effective cette importante disposition de la Loi, eu égard au volume de la commande publique estimée à 800 milliards FCFA.

Cette discrimination positive pour les PME, une manifestation de la politique volontariste de l’Etat à renforcer la technicité et les capacités financières des PME, ne doit pas créer trop de distorsions dans le fonctionnement des règles du jeu du marché en général.

L’Etat s’engage à encourager le développement du Partenariat Public/Privé et à élargir le champ de la concession de services publics au profit des PME. Il est aussi admis que les collectivités locales doivent s’impliquer davantage dans la promotion de l’investissement dans leurs terroirs.

La Lettre de Politique Sectorielle PME a été validée en mai 2009 de même que son Plan d’actions. A quand sa mise en œuvre ?

L’étude sur les contraintes qui affectent l’environnement des affaires des Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME) au Sénégal, réalisée par la Direction des PME en juillet 2007, avec l’appui du Programme de Promotion pour l’Emploi des Jeunes en Milieu Urbain de la Coopération Technique Allemande (GTZ/PEJU), avait abouti à des recommandations dont la plus importante était de définir une politique nationale des PME.

Dans ce cadre, le processus d’élaboration de la Lettre de Politique Sectorielle des PME et son plan d’actions « Programme Croissance PME » ont été lancés à travers une démarche participative avec la mise en place d’un comité technique regroupant l’ensemble des acteurs gravitant autour de la PME et supervisé par un comité technique restreint.

Plusieurs concertations ont été menées avec les différents acteurs impliqués dans le processus (comité technique de pilotage, comité technique restreint, sous groupe PME des bailleurs de fonds, secteur privé, société civile, autorités administratives, collectivités et acteurs locaux….).

Cette approche participative a contribué à définir une stratégie reposant sur la vision suivante : « Asseoir la compétitivité et le développement des PME dans un cadre institutionnel adéquat et un environnement des affaires favorable, pour une croissance économique forte et soutenue » articulée autour de quatre axes stratégiques. A savoir l’amélioration de l’efficacité du dispositif d’appui aux PME ; l’amélioration de l’environnement des affaires ; la promotion de l’accès pérenne des PME aux services non financiers et de l’amélioration de l’accès des PME au financement.

Pour rendre la stratégie opérationnelle, chaque axe est décliné autour des points suivants : un objectif global, des objectifs spécifiques, des actions, des activités, des résultats, des indicateurs, des moyens de vérification, des échéances et des acteurs responsables de la mise en œuvre.

Qu’en est-il pour la mise en œuvre ?

La mise en œuvre du Plan d’actions est prévue en 2010, pour les actions ne nécessitant pas la mobilisation de ressources financières nouvelles. Déjà, des bailleurs membres du sous –groupe PME ont beaucoup contribué à l’élaboration de la LPS-PME et au financement d’études et de travaux complémentaires. Les 4 axes stratégiques vont nécessiter pour leur mise en œuvre quelques 62,9 milliards FCFA. Lors de la prochaine Table ronde des Partenaires Techniques et Financiers sur la LPS-PME, ces derniers se détermineront, à côté de l’Etat, sur les engagements par rapport au besoin d’appui financier et /ou technique à apporter.

Au vu de l’importance des PME dans le processus d’émergence économique de notre pays et des actes posés aussi bien par les Autorités que par nos partenaires tout au long du processus, nous osons espérer que le Programme Croissance PME bénéficiera du soutien indéfectible de ces derniers pour permettre à notre tissu économique d’être compétitif.

Dans cette perspective, le sous groupe PME des bailleurs travaille, de façon concertée avec la Direction des PME, sur l’exécution des activités planifiées pour l’année 2010, de façon à favoriser la synergie et l’efficacité des différentes interventions en faveur des PME.

Quelle est alors la contribution des PME à l’économie nationale ?

Plusieurs études macro-économiques et sectorielles, émanant d’institutions publiques et privées font apparaître les indicateurs-clés suivants, relatifs à la contribution des PME à l’économie nationale ;

• part des PME dans la création de richesse : 30% du PIB ; • nombre d’emplois salariés créés par les PME : 42% du total des emplois du secteur moderne ; • chiffre d’affaires total national : 30% fournis par les PME ; • répartition géographique et sectorielle : 82% des PME concentrées dans la zone A (Dakar, Pikine et Rufisque) et la zone B (Sébikhotane, Sangalkham et Thiès). Les PME couvrent principalement les activités de production de biens, de transformation, de commerce, de transport et d’autres services dans le domaine des TIC, de la maintenance… • nature juridique : on y retrouve toutes les catégories juridiques prévues par l’OHADA : SA, SARL, SURL, SAU, GIE, EI, SCS, SCA, Coopératives…

Les PME jouent un rôle de premier plan dans l’économie. On compte quelque 85 000 PME répertoriées au Numéro d’Identification Nationale des Entreprises et Associations (NINEA) en 2003 et plus de 205 000 en 2006.

Le potentiel de création de richesses des PME est immense. Notre ambition est de tripler ces grands agrégats, grâce à une politique de promotion tenant compte des options majeures de la SCA, de l’axe du DSRP relatif à la création de richesse, de la Politique de Redéploiement industriel et bien sûr, du Programme Croissance PME de la LPS-PME.

Il s’agira de trouver un cadre de mise en cohérence des différentes actions qui seront initiées afin de parvenir à une plus grande efficacité de l’intervention de l’Etat. Un secteur privé fort, imaginatif performant et proactif, est indispensable pour mener, à côté de l’Etat, dans une parfaite complicité positive, cette politique volontariste de promotion et de développement des PME.

 
 
 
 
   
 
 
 
REUSSIR N°41 La PME au Sénégal
REUSSIR N°41 EDITO : Nouvel élan
 
 
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