REUSSIR - la mortalité infantile recule dans le monde mais pas en Afrique.
Bonne nouvelle, la mortalité des enfants dans le monde recule de façon spectaculaire depuis les années 1950. Mauvaise nouvelle, cette tendance globale recouvre de très fortes disparités selon les pays, l’Afrique restant à la traîne.
En effet, la mortalité des moins de 5 ans atteint les 10 % dans de nombreux pays du Sud particulièrement en Afrique révèle une étude dirigée par Gilles Pison directeur de recherches à l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED).
Les pays d’Afrique subsaharienne concentrent « la moitié des décès mondiaux des enfants de moins de 5 ans » alors qu’ils n’abritent qu’un septième de la population et un quart des naissances mondiales", indique l’étude rendue publique mercredi 3 février.
Si les tendances observées ces dernières années se poursuivent, en 2010, 9,3 millions d’enfants, soit près de 7 % des nouveau-nés de cette année, mourront avant leur cinquième anniversaire.
Sur 137 millions de naissances, un nouveau né sur vingt-deux meurt sur la planète avant son premier anniversaire et, parmi ceux qui survivent, un sur quarante-trois décèdent dans les quatre années suivantes, pour la plupart de maladies infectieuses « évitables par la vaccination ».
L’histoire récente le montre, notamment dans les pays émergents, la mortalité infantile n’est pas une fatalité. En 40 ans, la Chine a obtenu un taux de mortalité infantile auquel la France est parvenu en « plus de 150 ans », souligne Gilles Pison, auteur de l’étude.
Bien plus que la croissance, qui a également favorisé le creusement des inégalités, c’est à « la politique sanitaire mise en place dans les années 1950 et 1960 avec le mouvement des médecins aux pieds nus envoyés dans les campagnes » que le pays doit son succès dans la lutte contre la mortalité infantile, souligne M. Pison.
Premier obstacle sérieux à l’obtention de résultats durables, les politiques de vaccination souffrent d’« un manque de suivi » avec des « à coups » bien souvent liés à des changements de priorités au plan international : « une année l’accent est mis sur l’éradication de la poliomyélite, une autre sur celle de la santé de la reproduction ».
Sans minimiser le poids du retard du développement et de l’absence, bien souvent, d’une offre de soins de proximité, le chercheur s’interroge sur le retard africain qui ne peut pas être attribué à l’épidémie de sida, souligne-t-il, les pays peu touchés par le sida « montrant eux aussi un faible recul de la mortalité des enfants ».
Un retard d’autant moins acceptable que, sans attendre les bienfaits du développement, il est possible de réduire drastiquement le nombre de décès parmi les très jeunes enfants, notamment en tirant « mieux parti des vaccinations ».
Alors que le coût des vaccins « est souvent faible et pris en charge par les organisations internationales, il est étonnant que tous les enfants de la planète ne soient toujours pas vaccinés », écrit Gilles Pison.
Le chercheur entre autre auteur de ’’l’Atlas de la population mondiale’’ publié en 2009, relève également un autre aspect positif de la couverture vaccinale, peu ou pas pris en compte dans les politiques sanitaires, à savoir les effets non spécifiques des vaccins.
S’appuyant sur des données médicales éprouvées, M. Pison rappelle que certains vaccins, comme celui contre la rougeole ou le BCG, permettent de développer une immunité au-delà de cette seule maladie, rendant les enfants « plus résistants en général ». Inversement, les vaccins ont aussi des effets non spécifiques néfastes, comme dans le cas du vaccin DTC (diphtérie, tétanos et coqueluche).
Analysant le cas du Sénégal, il montre les progrès obtenus par ce biais. « L’introduction des vaccinations à la fin des années 1980 fait reculer la part de la rougeole à moins de 3 %, alors que la moitié seulement des enfants sont vaccinés. La mortalité des enfants, quelle qu’en soit la cause, a baissé immédiatement de 40 % soit plus que ce qu’on attendait de la simple suppression des décès liés directement aux maladies ciblées par les vaccins (rougeole, coqueluche, tétanos, etc.) », décrit M. Pison.
(Source : Brigitte Perucca le Monde)