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Sénégal - CLASSEMENT- Seuls trois indicateurs réalisés : De nombreux obstacles sur la route de l’Excellence
Publié le 10 septembre 2008 à 10h09

(Source : Le Quotidien)- Si le Sénégal a pu intégrer cette année, la liste des 10 pays les plus réformateurs, il a besoin de travailler encore plus pour s’assurer qu’il sera, dans les années à venir, toujours parmi les mieux placés dans le classement général. Pour cela, les dix indicateurs comprennent de nombreux défis qu’il faudra relever avec patience et persévérance.


Les différentes branches de l’administration sénégalaise, et particulièrement, l’Agence nationale pour la promotion de l’investissement et des grands travaux (Apix) vont exprimer aujourd’hui leur satisfecit au vu du rang du pays dans le dernier benchmark de la Banque mondiale sur l’environnement des affaires. Le Sénégal est passé de la 168e à la 149e place dans le dernier Doing Business de la Banque mondiale, qui prend en compte l’année 2009. Ce classement note 181 pays, soit 3 de plus que le précédent. Si le Sénégal officiel a des raisons de se montrer satisfait, il a surtout besoin de se rendre compte des efforts qu’il lui reste à accomplir pour être dans le Top ten, non des réformateurs, mais celui général. D’abord, le pari de Mme Niane, dont parle l’article ci-contre, n’a été qu’en partie gagné, si l’on considère que le Sénégal se fait coiffer au poteau par le Burkina Faso, dans le classement des réformateurs. Cela fausse un peu le calcul, car le président Wade avait demandé que le pays soit placé en tête des pays réformateurs d’Afrique, ou à défaut, des pays d’Afrique francophone. Or, le Burkina Faso de Blaise Compaoré cumule les défauts d’être à la fois en Afrique noire, dans la région ouest-africaine, et en plus, d’appartenir aux mêmes communautés économiques régionales, l’Uemoa et la Cedeao. Un concurrent direct, en somme… Par ailleurs, être dans le Top 10 donne un bon positionnement, mais ne garantit pas pour autant du meilleur classement général, car le Sénégal se retrouve à son rang de 2006, même s’il a réalisé des bonds impressionnants dans le classement et dans ses indicateurs, devancé non seulement par certains de ses voisins, mais, plus grave, par certains de ses plus sérieux concurrents africains en termes d’attractivité.

La Gambie et le Ghana trop loin L’un des plus sérieux, celui avec lequel les spécialistes comparent le Sénégal ces dernières années, le Ghana, semble inaccessible, malgré ses nombreuses limites. La preuve, le pays de Kwamé Nkrumah et de John Kuffuor est 87e, en net recul par rapport au classement précédent, où il était à la 82e place. Il n’empêche qu’en Afrique de l’Ouest, aucun autre n’a fait mieux que lui cette année, comme l’année dernière, d’ailleurs. Cela sans doute, grâce aux réformes que les dirigeants de ce pays avaient introduites l’année dernière, et qui concernaient cinq des indicateurs du classement de la Banque mondiale. Il s’agit de ceux concernant la création d’entreprise, le transfert de propriété, l’obtention de prêts, le commerce transfrontalier, et l’exécution des contrats. Ces réformes avaient permis au Ghana de se placer l’année dernière, au Top 10 des réformateurs, à la troisième place, derrière l’Egypte et la Croatie. Le Kenya, autre pays d’Afrique, avait complété la liste, avec 4 réformes accomplies. Le Burkina, qui rejoint cette année le Top ten, était pourtant déjà cité l’année dernière, comme parmi les grands réformateurs d’Afrique. Et cette année, ce pays est crédité de quatre réformes, là où le Sénégal n’en enregistre que trois. Et il y a ceux que l’on ne cite pas parmi les réformateurs, mais qui, chaque année, se classent toujours parmi les pays les plus Business friendly, ou favorables au affaires, selon l’une de ces expressions anglaises les plus souvent utilisées par le Directeur général de l’Apix. Et certains y montrent que l’environnement des affaires n’a rien à voir avec la démocratie ou la paix sociale. Pour se limiter à nos plus proches voisins, ou à nos concurrents, citons la Gambie de Yaya Jammeh, qui se trouve au 130e rang, en recul par rapport à sa 128e place de l’année dernière. Il y a aussi les Iles du Cap Vert, à la 143e position, en recul également par rapport à l’année dernière. On va boucler la liste des comparaisons en citant le Nigeria et sa 118e place, également en recul de 4 places par rapport au classement précédent, mais tous devant le Sénégal. Les indicateurs du Doing Business portent, rappelons-le, sur la Création d’entreprise, l’obtention d’autorisation, l’embauche de travailleurs, le transfert de propriété, l’obtention de crédit, la protection des investisseurs, la fiscalité, le commerce transfrontalier, l’exécution des contrats, ainsi que la liquidation des entreprises. Le Sénégal a entrepris plusieurs réformes pour adapter sa législation à ces indicateurs, et trois sont arrivés à point pour être pris en compte dans le dernier classement. Mais le chemin reste encore long pour que le pays soit, ne serait-ce que dans les 100 premiers pays du rapport annuel de la Banque mondiale.

Un outil conteste mais indispensable Ainsi, l’Apix avait depuis l’année dernière, lancé une grande campagne de médiatisation sur les progrès accomplis par rapport au premier indicateur, qui concerne la création d’entreprise. On est passé de 52 jours à 48 heures sur ce point, en réduisant fortement le nombre des procédures, ainsi que les coûts. Cette performance a été bien saluée par tous, même si, pour des problèmes de délais, elle n’avait pas pu être prise en compte dans le classement de l’année dernière. Le Doing Business 2009 salue de cette manière cette performance : « En mai 2008, 3060 nouvelles entreprises ont été enregistrées, soit 80% de plus que l’année précédente. » Le commerce transfrontalier également, fait partie de ces chantiers dont l’Administration sénégalaise avait lancé la réforme. Un document interne souligne qu’il s’agissait, entre autres, de simplifier les formalités d’import-export, de faire fonctionner en permanence certains secteurs du port de Dakar, la réduction des documents administratifs. Le rapport de la Banque mondiale constate : « Les réformes pour faciliter le commerce ont touché les pays voisins. Le Sénégal a signé avec le Mali un accord de coopération transfrontière, qui a permis d’harmoniser les documents de transit entre les deux pays. Une fois les marchandises dédouanées à Dakar, les commerçants maliens n’ont plus besoin d’autres documents. Et le nombre de postes de contrôle entre Dakar et Bamako a été réduit de 25 à 4. Les voyages qui se faisaient entre 7 et 10 jours, se déroulent maintenant en un maximum de deux jours. » Conséquence bénéfique en cette période de compétition, le document ajoute : « En reconnaissance, les commerçants maliens utilisent de plus en plus le port de Dakar, au lieu de celui d’Abidjan. » L’autre avancée a été la mise en place d’un Contrat à durée déterminée (Cdi) dans des secteurs où l’usage est de ne pas signer de contrat à durée indéterminée (Cdi). Bien qu’importante, cette réforme n’a pas été totalement poussée à son terme, comme ses initiateurs le souhaitaient. Ainsi, il n’a pas été possible de porter à 3 le nombre de fois que l’on peut signer un Cdd, ou d’en porter la durée maximale à 31 mois, au lieu de 12. Néanmoins, sur une autre réforme, la Direction des impôts a pu fortement réduire les délais de transfert de propriété, les faisant passer de 114 à 18 jours. Cela, bien que les coûts de transfert de propriété n’aient pas encore baissé.

Evolution dans l’appreciation On ne parle pas encore ici de ces réformes qui n’ont pas encore vu de début d’amélioration. Ce qui montre que le Sénégal ne doit pas désespérer, du moment qu’il avance. Tous ceux qui suivent les publications du Doing Business se souviennent à quel point il a toujours été difficile aux autorités sénégalaises de commenter ce classement. Cependant, on a constaté une nette évolution de l’approche par rapport à cet indicateur, où les gens sont passés de l’hostilité franche à un souci d’adaptation. C’est sans doute ce que Mme Aminata Niane a illustré en disant ne pas être d’accord avec les critères de classement de ce rapport, mais de travailler en sorte de pouvoir y occuper une bonne position, parce qu’elle reconnaît que les investisseurs et les spécialistes de l’économie mondiale s’y réfèrent pour voir les pays où il vaut mieux placer leur argent. Et son agence a été à la base de plusieurs réformes qui ont permis cette nette amélioration des indicateurs du Sénégal. Si cela ne se reflète pas trop dans le classement général, ce ne sera pas pour autant une raison de ralentir le pas, si l’on veut que le Sénégal ait enfin, cet environnement des affaires de classe internationale, qui va lui permettre de rêver de sortir de la pauvreté.



 
 
 
 
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