(RFI) - L’agence de notation Standard and Poor’s a dégradé la note de solvabilité d’Areva, le géant nucléaire français. En cause : les retards rencontrés sur le chantier du réacteur EPR en Finlande. Un avertissement de plus pour un opérateur malmené depuis quelques mois.
L’agence de notation Standard & Poor’s a abaissé de deux crans la note d’Areva. L’enfer du chantier de l’EPR finlandais n’en finit pas de creuser les pertes du groupe nucléaire français. Areva a annoncé, la semaine dernière, une nouvelle provision de 400 millions d’euros pour le chantier d’Olkiluoto, qui accuse désormais quatre ans de retard. Ceci vient s’ajouter aux 2,3 milliards d’euros de provisions déjà passées pour ce chantier dont le coût initial était évalué à 3 milliards d’euros.
L’agence de notation évoque une seconde raison : le conflit qui oppose Areva à EDF au sujet d’un contrat d’enrichissement d’uranium. Areva assure l’enrichissement de l’uranium des 58 centrales nucléaires d’EDF dans son usine Eurodif du Tricastin, dans le sud de la France, mais le contrat arrive à échéance à la fin de l’année. Et les deux entreprises n’arrivent pas à se mettre d’accord pour reconduire ce contrat sur la période 2011-2012.
Proglio et Lauvergeon à couteaux tirés
La concurrence est rude entre les deux grands acteurs français du nucléaire. Depuis l’échec d’Abou Dhabi, le couple EDF-Areva entretient des relations tumultueuses. En 2009, le consortium français a perdu un important marché à Abou Dhabi au profit de la Corée du Sud pour un contrat portant sur 20 milliards de dollars. Les deux groupes se disputent le leadership dans la conduite de l’ensemble de la filière du nucléaire. Pour le moment, Areva contrôle l’approvisionnement en uranium et la construction des centrales, EDF n’étant que le producteur d’électricité atomique. Contraints à s’entendre, ils sont pourtant en concurrence, notamment en Inde, un pays qui compte doubler sa capacité nucléaire d’ici 2030 en construisant 17 nouveaux réacteurs.
Dès son arrivée à la tête d’EDF, Henri Proglio a annoncé son ambition d’avoir « une filière nucléaire française qui fonctionne ». Et l’électricien public de revendiquer « le rôle historique de chef de file de la filière ». Des déclarations que n’a guère appréciées la présidente d’Areva, Anne Lauvergeon. Pour bon nombre de spécialistes, les relations entre les deux géants du nucléaire français frisent le règlement de compte.
Un rapport sur le nucléaire classé confidentiel défense
Apaiser les tensions au sein de cette filière nucléaire française, c’est tout le sens de la mission confiée en octobre par le président Nicolas Sarkozy à l’ancien PDG d’EDF François Roussely. Reste que pour l’heure, ce rapport de 140 pages sur « L’évolution du nucléaire civil à l’horizon 2030 » attendu avec impatience par tous les acteurs de la filière est toujours entre les mains du secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant. Rendu au printemps dernier, ce rapport qui devait être publié à la mi-avril a été classé confidentiel défense.
Pour répondre aux besoins énergétiques croissants et à la lutte contre le réchauffement climatique, la renaissance du nucléaire est en marche et la France qui dispose d’un sérieux avantage technologique compte bien en tirer partie. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), plus de 450 nouveaux réacteurs devraient être construits dans le monde. Dernier exemple en date : les Etats-Unis. Barack Obama a annoncé, en février 2010, une enveloppe de 54 milliards de dollars de prêts pour la construction de nouvelles centrales. Les pays émergents s’activent également. En tête, on retrouve les deux géants asiatiques, la Chine et l’Inde, boulimique d’énergie pour les besoins de leur économie. Pékin devrait ainsi se doter de 20 à 30 réacteurs supplémentaires. Il y a également ce que l’AIEA appelle « les nouveaux arrivants ». Il s’agit principalement de pays arabes. L’Algérie, l’Egypte, le Maroc, l’Arabie Saoudite, la Tunisie et les Emirats arabes unis, cherchent à construire des centrales.