Evelyne BAUMANN : « On ne s’improvise pas entrepreneur »

L’absence d’emplois et de données sur l’emploi au Sénégal ont poussé la Chercheuse Evelyne Baumann à se pencher sur le sujet. A travers son livre, Sénégal : le travail dans tous ses états, elle ausculte, diagnostique et dissèque la perception de l’emploi dans le pays, les politiques gouvernementales qui y été développées pour y répondre aux sollicitations des jeunes et les orientations stratégiques déroulées  grâce à l’éducation et à la formation professionnelle pour faire émerger une nouvelle classe de sénégalais auto entrepreneurs et employeurs privé.


Evelyne Baumann 2-min

Evelyne Baumann

Est-ce que vous pouvez  nous  parler de votre Ouvrage Sénégal : le travail dans tous ses états?

C’est un travail qui vient d’être publié au mois de Novembre 2016 par les presses universitaires de renne et une coédition avec IRD édition. Ce sont les résultats des travaux que je mène au Sénégal et sur le Sénégal depuis les années 90, début de mon premier séjour de longue durée dans ce pays. J’ai commencé à m’intéresser au travail des diplômés de l’enseignement supérieure et après j’ai souhaité élargir vers d’autres domaines. Là, les connaissances se sont accumulées a mon niveau avec une documentation faisant plus de 4000 articles de journaux qui sont bien rangés dans mon bureau pour avoir une idée plus générale de la situation de l’emploi à l’époque. En 2007 la Banque Mondiale sort un rapport qui, jusqu’à maintenant, constitue le rapport le plus récent sur le travail au Sénégal intitulé le « chemin vers la prospérité ou l’emploi au Sénégal ». Un rapport extrêmement bien fourni et là je me suis dit : je dois, en tant que chercheuse travaillant seule sans une équipe, essayer d’apporter un petit plus sur cette question. Cette nouvelle donne, non moins négligeable de la situation, me fait prendre une autre approche. D’où, le recours à mes nombreux articles de journaux, des enquêtes, des citations, de mes entretiens avec les diplômés du supérieure et pas seulement. Finalement, je me suis intéressée à la question d’éducation et des formations professionnelles d’une part et à la question de la protection sociale d’autre part. Il me semble là que c’est ça l’atout majeure de l’ouvrage  et aussi le fait d’avoir étudié l’Amont et l’avale de l’emploi.

Peut-on avoir une idée de la période que couvrent les données traitées par l’ouvrage?

J’ai travaillé sur les  questions personnellement depuis les années 90 mais j’ai eu une approche dynamique des situations actuelles. Ce qui fait que dans l’ouvrage je remonte jusqu’à l’époque coloniale. Par exemple, pour les politiques publiques, il fallait quand même pour comprendre la situation actuelle revenir en arrière le plus loin possible. Donc, la période coloniale elle est abordée pas en profondeur évidement, je ne suis pas historienne. Il y’a d’autres historiens dans ce pays  et je pense à M Babacar Fall donc, ce serait prétentieux de ma part de vouloir m’avancer seule dans un sentier aussi vaste mais pour comprendre la situation actuelle, il fallait voir quelle est l’évolution depuis des décennies.

Comment trouvez-vous la politique de l’emploi au Sénégal ?

Les politiques d’emploi proprement dites sont supposées endiguer le chômage et faciliter l’exercice d’activités génératrices de revenus. Très schématiquement, les pays du Nord mettent en œuvre des instruments dits passifs et ceux dits actifs. Les premiers consistent à rendre l’absence d’emploi matériellement supportable, grâce notamment aux allocations chômage ou aux préretraites. Les instruments dits actifs, eux, sont destinés à accroître le niveau de l’emploi dans les secteurs privé et public, à faciliter l’insertion et la réinsertion des candidats à un emploi, à améliorer leur « employabilité » grâce à la formation professionnelle, etc. A ces instruments s’ajoutent des mesures relatives à l’information sur le marché du travail.

Dans les pays du Sud, la situation est, bien entendu, tout autre. Indépendamment des limites d’ordre budgétaire, la mise en place de mesures appropriées se heurte notamment à de nombreux obstacles: la législation ignore l’indemnisation en cas d’absence d’emploi et les préretraites; les données statistiques relatives aux contributeurs ou bénéficiaires potentiels d’aide à l’emploi présentent de grandes lacunes ou sont tout simplement inexistantes. L’État n’a donc qu’une très faible prise sur la population en âge d’exercer une activité économique. Certes, il peut créer de l’emploi dans la fonction publique. Il peut prendre des mesures incitatives pour encourage patronat à proposer des stages, voire à embaucher. Il peut, enfin, favoriser l’enseignement professionnel. Il n’en reste pas moins que l’écrasante majorité de la population désireuse de travailler passe à travers les mailles du filet. D’où ce foisonnement de programmes censés promouvoir ce que l’on appelle de plus en plus « l’auto-emploi ». Or, c’est là une responsabilisation problématique, car l’on ne s’improvise pas entrepreneur comme par un coup de bâton magique !

Yanda SOW (Stagiaire)

 

A suivre …..Deuxième partie

Amayi Badji /// Journaliste Reporter au Magazine RÉUSSIR

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