Le développement de l’agriculture à l’ère du mécanisme mondial pour l’assurance indicielle

La capitale sénégalaise, Dakar, est le lieu de convergence, les 04 et 05 décembre, d’une trentaine de nationalités et prés de 200 participants dans le cadre du forum du mécanisme mondial pour l’assurance indicielle, un programme conjoint entre la Banque Mondiale et la Société Financière Internationale (SFI), financé par l’Ue, les Pays Bas et l’Allemagne, et chargé d’apporter des solutions sur la résilience des petits fermiers dans les pays en voie de développement.


Selon Mme Fatou Assah, responsable du GIIF, ce programme conjoint entre la Banque Mondiale et la Société Financière Internationale (SFI), financé par l’Ue, les Pays Bas et l’Allemagne, est chargé d’apporter des solutions sur la résilience des petits fermiers dans les pays en voie de développement en facilitant l’accès aux crédits et aux financements qui règlent les problèmes de la pluviométrie, les effets néfastes du changement climatique.

Invitée à expliquer ce qu’est l’assurance indicielle, Mme Assah indique que c’est un type d’assurance différent de l’assurance agricole traditionnelle de par le fait qu’on s’accorde avec l’agriculteur assuré du niveau de pertes qui peut être causé par la pluviométrie, un fort niveau d’exposition solaire, un faible niveau de rendement à l’hectare. «Si le niveau de rendement n’est pas atteint de ce cas, l’assurance se déclenche automatiquement et l’assuré est indemnisé au plus tard dans les dix jours. L’idée c’est de donner une assurance rapide qui puisse également rassurer les IMFs et les banques qui donnent les crédits. L’autre satisfaction que nous avons c’est que nous avons pu attirer la BOAD qui a consenti un financement de 2 milliards au Sénégal, un crédit qui a été rétrocédé au Cnaas afin de renforcer ses capacités dans l’optique de couvrir tous les coton-culteurs. Nous sommes également fiers que le travail abattu sur certains produits locaux, couvre des filières d’exportation» a renseigné Mme Assah.

Tout de même, elle reconnait que le programme rencontre certains problèmes, particulièrement pour ce qui est de la sensibilisation fin de faire adhérer les agriculteurs. «Nos principales contraintes sont dues à l’accès aux données, de météo ou de rendement, essentielles pour concevoir des produits d’assurance agricole. Elles doivent être fiables et de longues durées. Toutefois pour les contourner, au Sénégal nous travaillons avec l’Anacim car les données coutent chers. La seconde contrainte c’est la sensibilisation consistant à faire savoir aux consommateurs que le produit peut coûter cher mais peut les aider à rester productifs et à augmenter la production. La troisième c’est l’aide de l’Etat» a listé Mme Assah. Sans manquer de tirer le chapeau au Sénégal qui, pour cette dernière contrainte fait partie des rares pays, s’il n’est pas le seul, à consentir un gros effort avec une subvention de 50% à toutes les primes d’assurance en plus de la défiscalisation de l’assurance agricole d’où la non application de la TVA, et dans ce cas, le surcoût est moins grand au Sénégal contrairement à ce qui se fait dans les autres pays.

Pour ce qui est de l’acquisition des données, la responsable du GIIF informe qu’elles sont achetables à l’agence spatiale européenne, la Nasa, et plus proche de nous au Maroc avec le centre de détection royale.

Les avancées effectuées par le Sénégal dans le cadre de l’assurance indicielle.


Entre autres autorités venues représenter le Sénégal à ce forum pour renforcer leurs capacités sur l’assurance indicielle, le directeur général de la caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas),  Malick Ndiaye est revenu sur les avantages  de ce mécanisme avec lequel sa structure collabore en partenariat avec la  compagnie nationale d’assurance agricole du Sénégal (Cnaas).

«L’activité du crédit agricole a besoin de l’assurance pour couvrir les risques auxquels nous sommes confrontés en particulier pour les emprunteurs qui ont besoin de résilience qui leur permette, en cas de sinistres, de pouvoir repartir, de retrouver leurs capacités à avoir du crédit. Cela passe naturellement par l’assurance» a d’abord précisé Malick Ndiaye.                 .

Informant sur le bilan d’étape, ce qui a été fait et les contraintes qui ont été constatées, Malick Ndiaye a insisté sur la nouveauté du produit, d’où la difficulté de son appropriation par les agriculteurs. «Nous avons lancé, avec la Cnaas, l’assurance agricole et non l’assurance indicielle. L’assurance agricole c’est celle sur les  dommages liés aux inondations, aux oiseaux granivores et récemment aux rats palmistes qui altèrent le développement des plantes. Nous avons également déployé une pilote au sud du pays et dans la zone cotonnière et nous allons l’évaluer après une année d’expérimentation. Evidemment nous avons des contraintes dans la sensibilisation. L’assurance n’est pas bien connue parce que c’est un produit. Et puisque la loi ne l’impose pas comme dans le cas de l’assurance véhicule, c’est nous qui devons convaincre les agricultures du bien-fondé de l’assurance agricole. Nous travaillons sur les modèles, sur les contraintes et les obstacles afin de renforcer ce produit d’assurance qui est en train de faire quelques percées dans la zone irriguée nord, mais dans le bassin cotonnier. Nous avons aussi initié un forum sur l’assurance à Matam qui était plus réticente » a soutenu le DG de la Cncas.  Malick Ndiaye indique par ailleurs qu’en guise de solution, il a été proposé aux agriculteurs qui veulent souscrire à l’assurance et qui n’ont pas les moyens, de les mettre dans les plans de campagne agricole au même titre que les intrants.  «Pour nous, l’assurance est le premier intrant » insiste-t-il.

Même s’il est difficile ^pour eux d’évaluer le nombre de souscripteurs, 11 coton-culteurs ont été financés à hauteur de 2 mrds FCFA. « C’est donc 11 contrats, soit une population de 75 000 souscripteurs. Globalement, si on considère toutes les filières comme le riz ou la tomate industrielle, c’est une population d’environ 400 à 500 000 adhérents » a révélé M/ Ndiaye.

Les PPP,  la voie à suivre pour le développement de l’assurance indicielle

Dans le cadre des échanges d’expériences, des bonnes pratiques, des principaux défis et des leçons apprises par les professionnels de l’assurance indicielle, il est ressorti, au cours des panels, que les partenariats publics privés (PPP) sont la meilleure voie pour développer le mécanisme. Du Mexique à l’Inde, en passant par la Zambie et le Sénégal, le rôle joué par les PPP pour promouvoir le développement est unanimement constaté pour être la meilleure formule. Du moins c’est ce qui a été établi par Vijasekar Kalakonda, Panos Varangis, Amadou Ndiogou Ndiaye et Mamadou Fall de la Cnaas et Humphrey Mulele. Tous, ont exposé les expériences de leurs pays respectifs aux bénéfices des autres nationalités et participants à ce forum.