« Le Dialogue social, un levier pour la formalisation des entreprises »

L’objectif avoué est de faire en sorte que la paix sociale règne dans tous les secteurs d’activités du Sénégal. Pour réussir ce défi, la présidente du Haut Conseil du Dialogue Social (HCDS), Mme Innocence NTAP NDIAYE s’attelle à instaurer un dialogue permanent entre tous les acteurs ; un levier majeur pour accompagner les objectifs du PSE pour une croissance inclusive. Pour sa deuxième année d’existence, l’institution s’inscrit dans la dynamique d’atteindre ces objectifs dans un contexte d’apaisement national.


Innocence Ntap Ndiaye, Pdte HCDS

Depuis votre installation à la tête du HCDS, comment se porte votre Institution ? Pouvez-vous nous la présenter ?

Le Haut-Conseil du Dialogue Social, que j’ai l’honneur de présider, est l’institution nationale tripartite du dialogue social. Il a été institué par le Chef de l’Etat, il y a 27 mois. L’Institution est constituée de dix (10) représentants du Gouvernement, autant des Employeurs et des Travailleurs. Il faut préciser que les représentants du Patronat et Travailleurs sont issus des organisations les plus représentatives. Concernant le Patronat, il s’agit du CNP, de la CNES, du MDES et de l’UNACOIS/Jappo. Pour les Travailleurs, ce sont les cinq centrales, les cinq premières lors des dernières élections de représentativité du 20 Avril 2011 : la CNTS, l’UNSAS, la CSA, la CNTS/FC et la FGTS/B. Nous avons à notre actif «Le Rapport sur l’état du Dialogue social au Sénégal » qui est remis au Chef de l’Etat. C’est une des obligations du Haut Conseil, surtout de son Président de remettre le rapport au Chef de l’Etat après une année d’exercice.

Comment l’Institution se porte-t-elle ?

L’Institution ? Je pense qu’elle se porte bien. Généralement, ce qu’on pourrait reprocher à une Institution comme la nôtre, c’est de ne pas tenir ses sessions ordinaires. Fort heureusement, depuis notre installation, nous tenons régulièrement quatre sessions ordinaires par an. Exceptionnellement, nous pouvons nous réunir sur ma demande ou celle d’un des Groupes, pour une question qui serait urgente et serait véritablement importante pour tous les mandats tripartites.

Vous venez de recevoir «Le Malaw d’Or» pour votre engagement et votre travail dans la promotion et le renforcement du dialogue social, que vous inspire cette distinction?

J’avoue que, dans un premier temps que j’ai été très surprise. En effet , c’est par un courrier de l’UNACOIS/Jappo que nous avons été informés sur le choix porté sur ma modeste personne pour recevoir ce prix intitulé «Le Malaw d’Or 2017 pour la Paix sociale». L’UNACOIS/ Jappo, faut –il le rappeler est un acteur très important de la vie économique puisque le dernier Recensement général des entreprises révèle que 95% du tissu économique est occupé par le secteur informel. Ensuite, je me suis interrogée sur le pourquoi ? Les motivations. Aussi, c’est un choix qui ne devrait pas être subjectif ; je l’ai alors en lien avec nos activités au HCDS, à savoir la session organisée sur le secteur informel «Le Dialogue social, un levier pour la formalisation des entreprises ».

Mais ce n’est pas le premier coup d’essai. Déjà en 2009, en ma qualité de Ministre d’Etat en charge du Travail, j’avais organisé un colloque international sur le secteur informel avec l’appui de l’Union Africaine et le Bureau International du Travail. Je pense que cela a un peu justifié, peut-être, ce choix. J’avoue que j’étais très fière de recevoir ce prix parce que parmi les critères, il y avait le professionnalisme, l’innovation et l’exemplarité. Je trouve que c’est assez important.

En fait, la session a concerné huit familles d’acteurs du secteur informel, choisis non pas en fonction de leur appartenance ou non à l’UNACOIS/Jappo. L’UNACOIS/Jappo a un membre qui siège au HCDS. Nous avons pris des familles d’acteurs comme la menuiserie, les cordonniers, les couturiers, les mécaniciens, la transformation des produits agricoles… Justement, ils étaient tous présents et ils ont adhéré à la formalisation tout en relevant les avantages et les contraintes.

Les acteurs doivent d’abord comprendre pourquoi on leur demande de se formaliser. Quand on veut obtenir des financements ou gagner des marchés publics, il faut se formaliser. Il en est de même quand on veut bénéficier de la protection sociale, il faut se formaliser, être déclaré à l’IPRES, à la Caisse de Sécurité Sociale…

Tout ce processus permet de faire reculer la pauvreté. Quand quelqu’un qui travaille jusqu’à l’âge de 60 ou 65 ans, s’il n’a pas cotisé ou n’est pas reconnu par les institutions de prévoyance sociales, il ne pourra pas bénéficier d’une retraite. Donc, nous avons eu a rencontré tous les acteurs comme les travailleurs pour leur expliquer pourquoi on leur propose la formalisation, pour faire en sorte que leurs entreprises soient immatriculées, pour avoir accès au crédit et aux marchés publics car c’est cela aussi l’enjeu…

Après les élections de représentativité, quels enseignements faut-il tirer du paysage syndical sénégalais ? L’Etat ne devrait-il pas réguler la création de centrales à la lecture des résultats de certaines d’entre elles ?

Non ! Sur ce point, il faut être assez clair. Il y a la liberté syndicale qui fait partie des principes du BIT. Par contre, faire les élections, c’est pour réguler le dialogue social et la négociation collective au niveau tripartite et permettre au Gouvernement d’avoir comme interlocuteurs, des partenaires sociaux représentatifs.

C’est vrai, le 20 Avril 2011, nous avons eu à organiser ces premières élections, ce n’était pas facile parce qu’après la première alternance politique en 2000, il a fallu presque 11 ans pour le faire. C’est une grande fierté parce que ce n’était pas évident. Ce n’est pas parce que je suis une femme, mais généralement, on ne nous reconnait pas la capacité de faire de grandes choses. Ça aussi, il faut le magnifier.

Donc, les élections se sont tenues. C’était une première. Certes avec quelques difficultés. Normal comme dans toute élection… Cette élection a permis au moins pour les années qui ont suivi, d’avoir une clé de répartition des sièges au sein des institutions comme les Conseils d’administration, le Conseil Economique, Social et Environnemental ou le Haut Conseil du Dialogue social. Si on n’avait pas organisé ces élections, comment faire, par exemple, pour la représentation des 19 centrales syndicales au niveau du Haut Conseil ?

Aujourd’hui et pour l’avenir, il faut veiller à ce que cette mesure de la représentativité se déroule dans les règles et que les centrales sachent, que tous les 5 ans, il y aura une élection de représentativité des centrales syndicales. L ‘approfondissement de la démocratie sociale est à ce prix.

Quelles sont les contraintes auxquelles vous faites face en tant que femme leader dans votre parcours ?

En tant que femme, je crois bien sûr au Genre. Au Haut Conseil, nous avons une Commission « Genre et Relations Professionnelles ». Parce que, sur les lieux de travail, les femmes n’ont pas toujours la part belle… Il y a des discriminations et il faut se battre pour les faire disparaitre. Ma conviction, c’est que les femmes doivent se battre pour accéder aux postes de décision et lorsqu’elles y arrivent, aussi se battre pour se maintenir à ce niveau, par les résultats. Je crois fermement à l’éducation des jeunes filles. C’est seulement cela qui peut faire que les femmes accèdent aux fonctions politiques, comme non politiques, là où leur technicité et leur compétence sont requises.

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