Trois questions à Alioune Sall (Spécialiste de la prospective)

Le panafricain, directeur de l’Institut Think Tank des Futurs Africains a honoré de sa présence et de sa pertinence la première édition du Forum de Saint Louis dont il a estimé qu’il va donner aux populations de la vieille ville le sentiment d’être écoutés. En marge de son exposé sur «l’Afrique et ses Devenirs», le professeur et non moins panafricaniste est revenu sur le rôle que peut jouer la diaspora pour contribuer au développement du continent. L’ancien camarade de geôle de Blondin Diop est d’avis que pour un coup d’essai, ce forum de Saint Louis est véritablement un coup de maitre.


Quel rôle joue la diaspora pour contribuer au développement du contient?

L’Afrique a été, de tout temps, un territoire où il y a eu du mouvement et la mobilité a été un moyen de gérer des environnements extrêmement fragiles. Le pastoralisme était un mode de vie dominant et il était basé sur l’exploitation des différentes niches écologiques en fonction des saisons. Le mouvement est donc un élément de notre ADN. Il se trouve qu’il y a eu des mouvements qui n’ont pas été voulus, qui ont été provoqués. C’est le cas de la traite négrière qui a décimé le continent, qui l’a vidé de ses forces vives et qui a créé des diasporas hors d’Afrique qu’il faut différencier des mobilités à l’intérieur du continent. Ces diasporas anciennes, installées hors d’Afrique et qui n’ont pas été voulues par les Africains, ont néanmoins un rôle à jouer dans le développement du continent. D’ailleurs elles en ont déjà joué et pour s’en convaincre il suffit de penser que le panafricanisme, qui est l’idéologie sous-jacente de toutes les indépendances, a eu parmi ses avocats, des hommes et des femmes qui étaient hors d’Afrique comme William E. B Dubois, Marcus Garvey, Stocke Lee Carmichael à une époque plus récente, entre autres. Ils ont tous étaient nés hors du continent mais ils y ont été identifiés comme des africains d’où le rôle prépondérant dans l’élaboration des idéologies. Dans le domaine de la littérature, il y a Richard Wright et le mouvement Négro Renaissance,  Afrique Harlem dans le domaine de la musique. L’image de l’Afrique a été revalorisée, en partie, par les enfants de la diaspora africaine. A cela s’ajoute l’apport de ces diasporas sur le plan économique avec les transferts des migrants qui dépassent largement le montant de l’aide publique au développement. Il y a également le fait que des formes d’organisations nouvelles sont nées hors d’Afrique et ont été transplantées ou acclimatées avec l’histoire, en Afrique, grâce à la diaspora. Il y a donc sur ces différents plans un intérêt, un meilleur parti à tirer de la diaspora.   A côté de l’ancienne diaspora issue de la traite atlantique, il y en de nouvelles, qui se perpétuées après les indépendances avec un profil plus différent. Ce ne sont plus seulement des forces vives au plan physique, c’est aussi des intellectuels avec le «brain-drain» dont souffre l’Afrique et qui pourrait devenir le «brain gain». Il faut donc créer les conditions pour que les intellectuels africains installés dans d’autres continents contribuent au développement de leur continent d’origine. Cela est possible aujourd’hui grâce aux nouvelles technologies qui font efface des frontières et des espaces, et réduisent la pression du temps.

Vous avez tantôt invité les intellectuels à mouiller le maillot en s’engageant dans la politique pour changer les choses. Vous avez même cité Cheikh Anta Diop. Qu’en est-il de vous? Allez vous finalement vous engager politiquement ou continuer à prodiguer des conseils aux jeunes par vos discours?

Je fais ce que je sais faire et j’essaie de bien le faire. Je contribue au combat en intellectuel que je suis. Je suis loin d’un certain terrain politique. Je suis loin d’un champ politique au sens où on doit parler de partisan. Je ne suis pas un homme de parti parce que je tiens à ma liberté de penser, liberté sans laquelle, je pense que, l’intellectuel se mettrait en péril.

Un mot sur le forum de Saint Louis et ce qu’il peut apporter au plan économique?

C’est une excellente initiative. C’est une initiative citoyenne. Je pense que les initiateurs de cet évènement trouveront les moyens de faire en sorte qu’elle gagne en amplitude et en profondeur. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Maintenant il faudra espérer qu’il y aura des retombées économiques sur la ville de Saint Louis. Mais je suis convaincu qu’au-delà de l’économie, ce forum va donner aux Saint Louisiens le sentiment d’être à nouveau écoutés, et d’être à nouveau dans la position de pouvoir être les acteurs de leur devenir.