SERIGNE MBOUP (CCBM) : « Les marchés sont la force de l’entreprise…»

En gagnant des marchés, l’entreprise nationale grandit. C’est la conviction du patron du holding CCBM, Serigne Mboup, actif dans la distribution, le commerce, l’agriculture, l’automobile…. Il diagnostique les maux du secteur privé national.


Pourquoi le Secteur privé sénégalais ne pèse pas lourd dans les marchés de l’Etat ? Serait-il victime de la force des entreprises étrangères ? Selon Serigne Mboup, il n’y a pas à chercher loin, le Secteur privé national est victime de sa dispersion. «Nous sommes représentés par des associations patronales divisées. Aussi, il est difficile de donner une orientation claire, notamment dans nos rapports avec les pouvoirs publics. C’est pourquoi l’État confie plus ses commandes aux étrangers. Un problème bien sénégalais et qui n’est pas une tare propre au secteur privé. Par solidarité au sein du secteur privé national, si on s’insurgeait chaque fois que l’État favorise une entreprise étrangère, le gouvernement réfléchirait par deux fois avant de le faire. Bien au contraire, c’est ce qu’on confie à un Sénégalais qui constitue souvent le scandale», diagnostique-t-il.

Mais, si l’on en croit l’homme d’affaires, le mal est plus profond. «Quelle que soit la connotation qu’on lui donne, la colonisation avait une vocation économique. La preuve, l’essentiel des entreprises étrangères viennent du pays colonisateur. Aussi, nos premiers gouvernants n’avaient pas pensé à la transition nécessaire pour faire passer l’économie entre les mains des nationaux. Et si les entreprises étrangères sont toujours aussi fortes, c’est parce qu’elles bénéficient du soutien de leur Etat», estime M. Mboup.

De l’urgence de revoir la passation des marchés publics…

Pourtant, au vu des marchés attribués, le constat est qu’ils sont très souvent destinés à des gros bras. Une tendance que le boss de CCBM balaie d’un revers de main. «Il n’y a pas au monde une entreprise qui soit assez forte, à elle seule. Ce sont les gros marchés qui donnent à l’entreprise sa force. Si on gagne un marché, il suffit d’être sérieux et professionnel pour s’en sortir. Si on disait que 51% du capital des entreprises qui postulent aux marchés de l’Etat doivent être détenus par des nationaux et que l’Etat sanctionne ceux qui ne respecteraient pas le règlement, on aurait déjà dépassé ce stade. Mais tant qu’on reste là à dire que les Sénégalais ne peuvent pas le faire, on n’y arrivera jamais. Il faut faire confiance aux nationaux. L’expertise est là, il faut un encadrement, faire en sorte que les nationaux se disputent les marchés nationaux entre eux, mais pas avec les étrangers», argue-t-il.

Au moment où le Secteur privé national se tourne les pouces, les entreprises étrangères gagnent du terrain. M. Mboup croit en savoir les raisons. «C’est parce que dans leur pays, c’est saturé et elles bénéficient de protection de leur pays. Par exemple, si vous entendez qu’un pays finance le Sénégal à hauteur de beaucoup de milliards, en retour, il impose de confier les marchés aux entreprises du pays bailleur. Ou bien, il crée des entreprises au Sénégal et elles sont sur le même pied que l’entreprise créée exclusivement par des Sénégalais alors que les bénéfices sont rapatriés chez eux», plaide M. Mboup.

Par ailleurs, l’autre aspect qui freine la compétitivité de l’entreprise sénégalaise, c’est l’accès aux financements. Et l’homme d’affaires y va de ses propositions. «L’Etat pourrait demander aux banques de financer les entreprises nationales à des conditions douces, lui se charge de payer les intérêts. Il faut savoir que ce sont les projets qui appellent les financements et non le contraire. L’autre point à revoir, ce sont les textes. Il suffit, pour une entreprise étrangère, d’être immatriculé au Sénégal pour avoir les mêmes droits qu’une entreprise sénégalaise. Si ça continue, les entreprises sénégalaises risquent de mourir de leur belle mort. Les étrangers sont protégés chez eux, viennent chez nous et bénéficient de la même protection», déplore-t-il.

Notre interlocuteur, par ailleurs Président de la Chambre de Commerce de Kaolack, est convaincu qu’il est temps qu’on sache qu’un pays ne se construit pas avec des entreprises étrangères…

Amayi Badji /// Journaliste Reporter au Magazine RÉUSSIR